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Dix ans après le Brexit : et si l’échec était européen ?

Quand les faits fissurent la fiction...

Dix ans après le Brexit : et si l’échec était européen ?

Le Royaume-Uni devait s’effondrer après le Brexit. Dix ans plus tard, il a perdu quatre à cinq points de PIB, mais ses institutions tiennent et sa trajectoire ne diverge plus de celle d’une Europe continentale qui doute. Pendant ce temps, la part de l’Union dans l’économie mondiale a été divisée par deux.

Le Brexit n’apparaît plus comme la rupture brutale annoncée en 2016. Il agit désormais comme un révélateur. L’effondrement prophétisé n’a pas eu lieu, et cette absence d’effondrement suffit à fissurer un dogme : celui d’une Europe dont toute remise en cause serait fatale et tout départ suicidaire.

Le souvenir de 2005 ressurgit. Cette année-là, les Français, suivis par les Néerlandais, rejettent la Constitution européenne. On parle alors d’erreur, de malentendu, d’irrationalité populiste. Vingt ans plus tard, la question s’inverse.

Et si les électeurs avaient eu raison trop tôt ?

Ils avaient perçu ce que les élites refusaient d’admettre. Une Europe qui s’éloigne du débat démocratique, une intégration qui avance sans contrôle parlementaire réel, une technostructure dont les peuples ne maîtrisent ni le rythme ni les choix. Le contournement du vote populaire par le traité de Lisbonne a sanctuarisé ce malaise.

Le bilan vingt ans plus tard est sans appel. La part relative de l’UE dans l’économie mondiale a fondu de moitié. Le niveau de vie plafonne autour de 70 % du niveau américain. La croissance potentielle glisse sous les 1,5 %. Les innovations structurantes émergent ailleurs.

L’Europe est en échec sur presque tous les plans (prospérité - PIB/hab -, croissance, industrie, innovation - en particulier numérique -, défense, diplomatie, immigration, énergie, frontières, démocratie, souveraineté…) et se focalise beaucoup sur les normes et la réglementation.

L’Europe légifère à défaut d’innover.

L’AI Act en est devenu le symbole. Plus de quarante géants industriels — Airbus, Siemens, ASML, Mercedes — réclament son report, jugeant ses règles incompatibles avec la compétitivité du continent. Quand ceux qui produisent demandent qu’on les laisse respirer, la bureaucratie révèle son vrai visage.

La dépendance stratégique aggrave le tableau. Aucune crise majeure depuis trente ans, de la Yougoslavie à l’Ukraine, n’a été gérée par l’Europe seule. L’Union dépend du gaz américain, des métaux critiques chinois, des batteries asiatiques. Son électricité coûte deux à trois fois plus cher qu’aux États-Unis, son gaz quatre à cinq fois. Dans un monde où l’énergie conditionne la compétitivité, l’Europe s’est volontairement placée en position d’infériorité.

Schengen vit dans la contradiction permanente entre libre circulation intérieure et contrôle extérieur défaillant. Le commerce reste prisonnier d’un libre-échange doctrinal que plus aucune puissance ne pratique : Trump tarife, Pékin subventionne, New Delhi verrouille. L’Union continue d’agir comme si la mondialisation des années 2000 existait encore.

Le rapport Draghi a chiffré la marche à monter en 2024 : 800 milliards d’investissements supplémentaires par an, simplement pour ne pas être marginalisée. Depuis, aucune impulsion de cette ampleur n’a vu le jour. L’Union ajuste ses normes, multiplie ses règlements, perfectionne son architecture administrative.

Pendant ce temps, le décrochage s’accélère.

En France, le constat reste inaudible. Élites politiques, administratives et médiatiques restent attachées à un récit dogmatique : l’Europe-bouclier, l’Europe-évidence, l’Europe-modernité. Briser ce récit demeure tabou. L’incantation tient lieu de stratégie.

Le Brexit n’a pas validé une voie alternative. Il a simplement démontré que la sortie n’était pas mortelle. Cette démonstration prive le projet européen de l’argument de la nécessité absolue, et le ramène à ce qu’il aurait toujours dû être : un choix politique à justifier devant les peuples.

Reconstruire un avantage compétitif durable, bâtir un projet à nouveau désirable. La fuite en avant vers la taille, mimétisme du siècle dernier, reste une course perdue d’avance contre les géants américains et chinois.

En 2026, la question n’est plus de sortir de l’UE mais si l’UEpeut encore sortir d’elle-même.

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Paul Corey