Lire le livre

Ministre du Logement

Un maire façonné par la crise, chargé de la résoudre...

Ministre du Logement

Enfant des barres HLM de L’Haÿ-les-Roses devenu leur maire à 30 ans, puis ministre du Logement à 41 : le destin parfait pour gouverner la crise — ou l’incarnation de ses contradictions.

Né le 5 mai 1984, fils d’un chauffeur-livreur et d’une mère italienne au foyer, Vincent Jeanbrun grandit dans un logement social à L’Haÿ-les-Roses. près une scolarité à Fresnes, il intègre une école de commerce à Évry. En 2004, il adhère à l’UMP. En 2012, il est repéré par Roger Karoutchi et devient assistant parlementaire de Valérie Pécresse. Le parcours classique du collaborateur qui attend son heure.

En 2014, à 30 ans, il devient le plus jeune maire d’une commune de plus de 30 000 habitants sous la Ve République, faisant basculer L’Haÿ-les-Roses à droite pour la première fois. Il y restera dix ans. Son bilan municipal : cinq grands projets d’aménagement, dont la destruction d’un square au profit d’un ensemble de halles luxueuses qui n’attirent pas les foules, et l’abattage de quarante arbres sous surveillance policière en 2020, remplacés par une résidence de 94 logements.

L’opposition résume : bétonner à tout va, sans harmonie ni planification, pour changer la sociologie de la ville.

Le Parquet national financier ouvre une enquête pour favoritisme à la suite de plaintes déposées par Anticor en 2021 et 2022. Une enquête préliminaire vise également une « prise illégale d’intérêt » et une « soustraction ou détournement de biens d’un dépôt public », concernant l’attribution de logements municipaux à des collaborateurs.

En juillet 2023, une voiture-bélier éventre sa maison familiale en pleine nuit d’émeutes. Son épouse et ses enfants fuient, blessés. Il devient le visage des maires confrontés à la violence urbaine.

En 2024, il remporte le siège de député de la 7e circonscription du Val-de-Marne avec 50,67 % des voix, battant la candidate de gauche Rachel Keke par 545 voix. Dix-huit mois plus tard, il est ministre.

Nommé le 12 octobre 2025, il est exclu des Républicains le jour même pour avoir rejoint le gouvernement. Il devient le septième ministre du Logement en cinq ans et demi.

À son arrivée au Congrès immobilier 2025, il se définit non comme « le ministre du Logement », mais comme « le ministre de la crise du Logement ». Le marché qu’il hérite : moins de 10 000 logements neufs vendus à des investisseurs en 2025, contre 60 000 par an en moyenne les années précédentes. Les mises en chantier individuelles tombent à 104 200 en 2024, contre 175 700 en 2022.

Sa réponse : le dispositif Jeanbrun, intégré au budget 2026. Promulgué le 20 février 2026, applicable dès le lendemain, il remplace le Pinel par un mécanisme d’amortissement fiscal : les bailleurs déduisent chaque année entre 3,5 % et 5,5 % de la valeur du bien de leurs revenus fonciers, selon le niveau de loyer consenti, sur un engagement de neuf ans minimum, sans zonage géographique. Le coût annuel estimé du dispositif : 2 à 3 milliards d’euros par an. L’objectif affiché : 50 000 logements supplémentaires par an.

Le verdict du terrain, selon une étude PAP : 83 % des propriétaires bailleurs estiment que le dispositif ne les incite pas à investir.

Ainsi, Vincent Jeanbrun a grandi dans un HLM, bétonné sa ville, survécu à une attaque nocturne, fait adopter une loi fiscale qui porte son nom — et se retrouve à piloter un secteur où sept de ses prédécesseurs ont échoué en cinq ans, avec un dispositif que les investisseurs boudent et des enquêtes judiciaires qui suivent sa trajectoire.

Paul Corey