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Nationaliser TotalEnergies ? Bruler la dette ? Vraiment ?

Deux fausses bonnes idées, une facture de folie. Soyons sérieux !

Nationaliser TotalEnergies ? Bruler la dette ? Vraiment ?

Une décision publique se juge à son coût, à ses effets et aux risques qu’elle fait courir au pays. Ces deux propositions méritent d’être examinées avec cette exigence.

Le Parti communiste propose de nationaliser TotalEnergies au motif que le groupe tire des bénéfices de la hausse des prix de l’énergie provoquée par les conflits internationaux. On peut débattre de la répartition de ces bénéfices. Mais la nationalisation pose d’abord une question simple : à quel prix l’État achèterait-il l’entreprise, et avec quel argent ?

TotalEnergies appartient à ses actionnaires. Fin 2025, 25,3% de son capital était détenu par des actionnaires situés en France et 74,7% hors de France. Sa capitalisation boursière atteignait 171 milliards d’euros fin mai 2026. Le montant d’une éventuelle indemnisation devrait être établi au moment de l’opération, mais cet ordre de grandeur interdit de présenter la nationalisation comme une décision sans coût.

Le PCF propose d’indemniser les petits actionnaires au cours du marché et de traiter différemment les grands actionnaires, notamment par l’émission d’obligations d’État à trente ans.

Cette proposition ne supprime pas la facture : une obligation crée un engagement à rembourser, même étalé dans le temps. Quant à la privation de propriété, elle suppose, selon notre Constitution, une indemnisation juste et préalable.

Ces contraintes doivent figurer dans le débat public, pas être écartées d’une formule.

Il faut ensuite expliquer ce que la propriété publique apporterait de plus. TotalEnergies a réalisé 77,2% de ses ventes de 2025 hors de France. Ce chiffre ne mesure pas la répartition de ses profits, mais il rappelle l’étendue de ses activités. Ses résultats dépendent notamment de ses investissements, de ses opérations dans de nombreux pays et de prix mondiaux que le gouvernement français ne fixe pas.

La valeur de l’entreprise intègre déjà les bénéfices futurs que les investisseurs pensent pouvoir en retirer, avec les risques qui les accompagnent. Si l’État veut acheter TotalEnergies, il doit donc démontrer ce qu’il ferait mieux en tant que propriétaire : quels gains de gestion, quels investissements supplémentaires, quels effets sur les prix ou sur la sécurité énergétique ? Et à quel coût pour les finances publiques ?

Sans réponses chiffrées, faire acheter TotalEnergies par tous les contribuables n’est pas une politique énergétique aboutie.

La proposition de Jean-Luc Mélenchon vise à geler ou transformer en dette perpétuelle à taux nul la partie de la dette publique détenue par la Banque centrale européenne, non la totalité de la dette française.

Cette précision est nécessaire. Elle ne fait pas disparaître la question essentielle : comment la France financerait-elle ses déficits et les emprunts qui arrivent à échéance après une telle décision ? Pour 2026, l’Agence France Trésor prévoit 310 milliards d’euros d’émissions de dette à moyen et long terme.

Personne ne peut affirmer que les marchés cesseraient immédiatement de prêter à la France. En revanche, remettre en cause le remboursement de titres publics, même détenus par la BCE, comporte un risque sérieux pour sa crédibilité et pour ses taux d’emprunt. La Banque centrale européenne, la Banque de France et la Bundesbank ont toutes rappelé les obstacles juridiques à cette opération, fondés sur l’article 123 du traité européen.

Un pays qui doit emprunter chaque année à cette échelle ne peut traiter ces objections comme secondaires.

Le débat sur l’énergie et la dette est nécessaire. Il mérite mieux que des solutions de “coins de table”, annoncées à la va-vite, sans grande réfléxion, sans prix d’achat complet, sans mode de financement convaincant et sans examen des conséquences.

Les Français sont en droit de demander des comptes avant qu’on leur présente la facture.

Messieurs, soyez sérieux !

Paul Corey