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France Inter : un service public privatisé... Par les syndicats

Deux chroniques, deux jours de grève et une porte refermée : le service public prend des habitudes de club privé.

France Inter : un service public privatisé... Par les syndicats

Deux minutes trente par semaine. Deux chroniques diffusées, deux journées de grève, puis la fin du rendez-vous. L’affaire Charles Sapin aura au moins apporté quelque chose aux auditeurs de France Inter : désormais, ils savent qu’il leur faut un décodeur.

Directeur adjoint de Valeurs actuelles, arrivé du Point, Charles Sapin intervenait le dimanche matin, dans une rotation avec des journalistes de L’Express et de L’Obs. Les syndicats contestaient sa présence au nom de la ligne de son magazine et de ses condamnations judiciaires.

Après deux journées de grève, la direction lui a proposé de transformer sa chronique en débat contradictoire. Il a refusé et annoncé son départ. Le préavis de grève suivant a été levé.

Personne n’a un droit automatique à un micro. Mais la direction avait recruté ce journaliste au nom du pluralisme, puis défendu ses interventions. Elle en a changé les conditions sous la pression.

Les syndicats ont obtenu gain de cause ; la direction a reculé.

Voici donc une privatisation du bien commun qui n’aura pas coûté un centime à ses bénéficiaires.

Aucun rachat, aucune action à acquérir. Le financement reste public ; les occupants prennent le contrôle de l’entrée. Le contribuable conserve naturellement la facture.

Le décodeur ne se commande pas sur Internet. Il s’installe entre les oreilles.

Son fonctionnement est simple : à chaque commentaire, se rappeler qu’une opinion absente n’est pas nécessairement une opinion inexistante. Elle n’a peut-être tout simplement pas obtenu son badge syndical.

L’appareil propose quelques traductions pratiques. « Tout le monde s’accorde » devient « tous ceux que nous avons invités ».

À « le débat est clos », il suggère de vérifier si quelqu’un avait été autorisé à l’ouvrir.

Quant à « la diversité des opinions » incité à contrôler la liste des invités.

Même le consensus devient suspect. On ne sait plus très bien s’il reflète le pays ou la composition du studio. Trois personnes du même avis peuvent avoir raison. Mais leur accord impressionne moins quand on sait comment la quatrième peut être écartée.

L’auditeur est donc promu responsable du pluralisme. Bénévole, naturellement. À lui de chercher l’argument absent, d’écouter ailleurs et de refaire le débat à la maison.

Il finance déjà la radio ; il doit désormais finir le travail d’information.

Je continuerai donc à écouter les émissions culture ou divertissement France Inter. Mais pour les émissions plus politiques, lorsque tous les invités seront du même avis, mon décodeur n’affichera plus « consensus ». Il affichera « casting OK».

C’est fou comme un débat devient apaisé quand on règle les désaccords sur la liste des invités.serieudrd ‘

Voilà l’avantage du club privé financé par le contribuable : les propriétaires paient à l’entrée, les occupants décident s’ils peuvent passer. Et si les propriétaires protestent, on leur explique qu’ils menacent le service public.

France Inter. Vous êtes chez vous. Mais on a les clés.

Paul Corey