Rima Hassan
Mandat national et engagement militant: quelles frontières ?

Née apatride dans un camp de réfugiés, elle est devenue en moins de deux ans l’une des eurodéputées les plus visibles — et les plus contestées — d’Europe.
Née le 28 avril 1992 dans le camp de Neirab, près d’Alep, en Syrie, de parents palestiniens dont les grands-parents avaient été expulsés en 1948. Sa mère, victime d’un mariage violent, quitte le camp peu après la naissance et met huit ans à obtenir la garde de ses enfants. Rima Hassan arrive en France vers l’âge de neuf ans, s’installe à Niort avec sa mère, sa sœur et ses quatre frères. Sa mère, enseignante de formation, travaille en restaurant pour survivre. L’intégration est réelle, la mémoire de l’exil, intacte.
Elle travaille dans une pizzeria pendant ses études, obtient une licence de droit à Évry, passe un an à Montpellier, un an au Liban, et termine un master en droit international à Panthéon-Sorbonne en 2016. Son mémoire compare juridiquement la politique d’apartheid en Afrique du Sud et la situation israélo-palestinienne.
La trajectoire intellectuelle est construite autour d’une cause unique, érigée en système juridique.
De 2016 à 2023, elle travaille à l’OFPRA puis six ans à la Cour nationale du droit d’asile. En 2019, elle fonde l’Observatoire des Camps de Réfugiés, ONG documentant les conditions de vie dans les camps à travers le monde.
En 2023, elle crée Action Palestine France et rejoint LFI. En mars 2024, elle est investie en 7e position sur la liste de La France Insoumise aux élections européennes. Zéro expérience électorale, visibilité médiatique maximale depuis le 7 octobre 2023. Elle est élue au Parlement européen le 9 juin 2024.
Rima Hassan est légitime en tant qu’eurodéputée, mais représente surtout une fraction engagée et clivante de l’électorat, plus qu’un ensemble large de citoyens.
Depuis, les polémiques s’enchaînent. En janvier 2024, Forbes l’avait classée parmi les 40 femmes exceptionnelles de l’année — la cérémonie est annulée après qu’elle est accusée par le CRIF et le présentateur Arthur de justifier les atrocités du 7 octobre. Le 30 avril 2024, elle est convoquée par la police pour apologie du terrorisme. Elle porte plainte en retour pour diffamation.
En août 2024, elle participe à une manifestation à Amman en Jordanie où des pancartes rendent hommage à Ismaël Haniyeh et où des drapeaux des Brigades Izz al-Din al-Qassam, branche armée du Hamas, sont brandis. Elle publie elle-même les images sur Instagram. Une cinquantaine de députés Renaissance saisissent la justice et demandent la levée de son immunité parlementaire au Parlement européen. Elle dépose à nouveau plainte pour dénonciation calomnieuse.
Le 23 janvier 2025, le Parlement européen adopte une résolution demandant la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, emprisonné en Algérie depuis novembre 2024. Le texte passe à 533 voix pour, 24 contre. Hassan est parmi les 24 opposants. Elle invoque l’instrumentalisation de l’affaire par la droite. La quasi-totalité des élus français de gauche vote pour. La gauche elle-même se fissure sur son nom.
Placée en garde à vue le 2 avril 2026 pour apologie du terrorisme, après un message évoquant un auteur d’attentat. Elle ressort libre mais sera jugée le 7 juillet. Une polémique supplémentaire liée à la découverte de substances dans son sac s’ajoute au dossier.
Ainsi, Rima Hassan incarne une trajectoire inédite dans la politique française — réfugiée devenue élue européenne en deux ans — mais a construit son influence entièrement sur une seule cause, au risque de confondre mandat institutionnel et activisme militant, sans que le Parlement ait encore tranché la question de ses limites.
Paul Corey