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Ve République : ultime exception française...

Édito WOW! · 8 juillet 2026

Ve République : ultime exception française...

Quatre Premiers ministres en dix-huit mois. Une durée de vie moyenne de cent cinquante-neuf jours à Matignon. Depuis l'été 2024, la France a vécu un jour sur quatre sans gouvernement de plein exercice. Ce n’est pas une crise conjoncturelle. C’est un aveu.

La Ve République repose sur un postulat fondateur : l’homme providentiel. De Gaulle, Pompidou, Mitterrand. Leur stature justifiait la verticalité du système. Mais la Constitution de 1958 n’a pas été conçue pour une société fragmentée. Elle a été conçue pour une époque, une urgence, un homme. L’urgence est révolue.

L’homme (la femme) providentiel(le) ne l’est pas toujours.

Ce que l’on traverse depuis 2024 porte un nom : la paralysie institutionnelle par conception. Aucun des trois blocs ne peut gouverner seul. Aucun ne peut renverser les deux autres. Les réformes sont donc suspendues. Le budget est imposé au 49.3. LecParlement ne contrôle pas mais bloque. Immobile, l’exécutif sans majorité est condamné à survivre par défaut.

Ce n’est ni un régime présidentiel ni un régime parlementaire. C’est un entre-deux bancal où la paralysie est encodée dans le texte même de la Constitution.

Selon le baromètre Cevipof 2026, seulement 20 % des Français font confiance à l’Assemblée nationale. La Présidence de la République atteint son plus bas historique à 22 %.

Soixante-treize pour cent des Français réclament « un vrai chef pour remettre de l’ordre ». Bien plus qu’un sondage, c’est un signal d’alarme.

Trois péchés originels expliquent la mécanique du désastre.

L’élection présidentielle au suffrage universel direct crée un monarque républicain sans contre-pouvoirs réels.

Le scrutin majoritaire uninominal déforme la représentation : un parti peut obtenir 35 % des suffrages et 60 % des sièges.

La personnalisation excessive du pouvoir, enfin, entretient une attente permanente du miracle démocratique.

Quand le miracle tarde, la mécanique s’enraye.

L’anomalie française est sans équivalent occidental. En Allemagne, neuf chanceliers en soixante-quinze ans, contre vingt-neuf Premiers ministres français depuis 1959. Le chancelier est élu par le Bundestag à la majorité absolue et ne peut être renversé qu’à condition que ses adversaires s’accordent sur un successeur. En France, le 49.3 (utilisé plus de quatre-vingt-dix fois depuis 1958) résume l’impuissance : le gouvernement ne convainc pas, il s’impose quand même.

Ce système a fabriqué une culture politique pathologique.

La négociation y est perçue comme une capitulation. Le compromis, une compromission. Cette mentalité infantilise les élus, transforme la politique en spectacle et laisse le champ libre aux extrêmes qui prospèrent sur ce sentiment de jeu truqué.

Trois piliers permettent d’en sortir.

Un Premier ministre investi par l’Assemblée, révocable uniquement si ses adversaires s’accordent sur un successeur.

Un président garant et effacé, qui constate le résultat parlementaire plutôt que de le contourner.

Une représentation proportionnelle. Les modèles allemand et nordique affichent une stabilité que la France envie depuis des décennies.

La France sait se réinventer constitutionnellement. Elle l’a fait en 1875, en 1946, en 1958. Ce que la Ve République a résolu ne correspond plus aux fractures de 2026 : trop de concentration, trop de déformation, trop de verticalité pour une société irrémédiablement plurielle.

Espérer et attendre l’homme(la femme) providentiel(le) n’est ni une stratégie, ni une méthode.

La Vème République est morte ! Vive la VIème !

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Paul Corey