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Vladimir Poutine

Nommé par Eltsine pour assurer la continuité, il veut redessiner les frontières de l'Europe...

Vladimir Poutine

Il est arrivé au pouvoir comme homme de paille d’Eltsine et a fini par devenir le dirigeant le plus dangereux du monde depuis Staline.

Vladimir Vladimirovitch Poutine naît le 7 octobre 1952 à Léningrad dans un appartement communautaire partagé avec plusieurs familles. Son père, ouvrier d’usine, a survécu au siège de Leningrad. Sa mère a failli mourir de faim pendant les 872 jours du blocus. Deux frères aînés morts avant sa naissance. Il grandit dans la pauvreté, dans les rues, se bat. À quinze ans, il se présente au KGB. On lui dit de revenir avec un diplôme.

Il étudie le droit à l’Université de Léningrad, obtient son diplôme en 1975, intègre immédiatement le KGB. De 1985 à 1990, il est en poste à Dresde, en RDA, sous couverture de traducteur. Son vrai rôle : recruter des espions, liaisonner avec la Stasi. En 1989, il regarde l’empire s’effondrer depuis sa fenêtre. Les manifestants envahissent les bâtiments de la Stasi. Il appelle Moscou pour demander des instructions. Moscou ne répond pas. Cette absence de réponse, il ne l’oubliera jamais.

En 1991, il quitte officiellement le KGB et rejoint la mairie de Saint-Pétersbourg sous Anatoli Sobtchak, son ancien professeur de droit. Il gère les relations extérieures, tisse des réseaux économiques. En 1998, Eltsine le nomme directeur du FSB, successeur du KGB. Le 9 août 1999, Eltsine le propulse Premier ministre. Le 31 décembre 1999, Eltsine démissionne en direct à la télévision et désigne Poutine comme successeur. Le 26 mars 2000, il remporte l’élection présidentielle au premier tour avec 52,9 % des voix. Son premier décret : l’immunité totale à Eltsine.

Il écrase la deuxième guerre de Tchétchénie sans états d’âme : entre 1999 et 2009, 25 000 à 50 000 civils tués selon les estimations. Il renationalise les secteurs stratégiques, brise les oligarques qui lui résistent. Mikhaïl Khodorkovski, PDG de Youkos, première fortune de Russie, est arrêté en 2003 et emprisonné dix ans. Youkos est démantelé, ses actifs absorbés par Rosneft, entreprise d’État. Les autres oligarques comprennent. En 2008, incapable de briguer un troisième mandat consécutif, il permute avec son Premier ministre Medvedev. Il reste chef réel. En 2012, il reprend officiellement la présidence. En 2020, un référendum constitutionnel lui permet de rester jusqu’en 2036.

La liste des opposants morts est longue. Anna Politkovskaïa, journaliste, abattue le 7 octobre 2006 — l’anniversaire de Poutine. Boris Nemtsov, chef de l’opposition, tué à 100 mètres du Kremlin en 2015. Alexeï Navalny, empoisonné au Novitchok en 2020, survit, est emprisonné, meurt en détention le 16 février 2024 à l’âge de 47 ans. En mars 2023, la Cour pénale internationale émet un mandat d’arrêt contre Poutine pour déportation d’enfants ukrainiens. Il ne peut plus se rendre dans 124 pays sans risquer l’arrestation.

Le 24 février 2022, il lance l’invasion totale de l’Ukraine. L’objectif annoncé : Kyiv en trois jours. La réalité : plus de 1 000 jours de guerre, entre 100 000 et 200 000 soldats russes tués selon les estimations occidentales, l’économie russe sous 14 paquets de sanctions, 700 milliards de dollars d’avoirs souverains gelés. L’OTAN passe de 30 à 32 membres, avec la Finlande et la Suède qui rejoignent l’alliance — exactement ce que Poutine voulait empêcher.

Il a transformé la Russie en économie de guerre : 40 % du budget fédéral 2024 consacré à la défense. Le PIB russe tient grâce aux hydrocarbures vendus à l’Inde et à la Chine. La dépendance à Pékin, qu’il a toujours voulu éviter, est désormais structurelle. À 72 ans, sans successeur visible, il a lié son destin à une guerre qu’il ne peut ni gagner ni perdre sans disparaître.

Ainsi, Poutine a réussi à restaurer la peur de la Russie dans le monde — mais au prix d’un isolement croissant, d’une économie sous perfusion chinoise, de centaines de milliers de morts, et d’un mandat d’arrêt international qui fait de lui le premier chef d’État du G20 à ne plus pouvoir circuler librement sur la planète.

Paul Corey