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VOITURE : ce qui a changé

Du rêve au cauchemar ?...

VOITURE : ce qui a changé

En 1930, la voiture était un luxe qui faisait rêver. Aujourd’hui, c’est une contrainte qui fait soupirer.

D’abord, le parc automobile. En 1930, la France compte environ 1 million de voitures particulières pour 42 millions d’habitants, soit une voiture pour 42 personnes. En 1929, on dénombre une voiture pour 39 habitants. Aujourd’hui, le parc dépasse 39 millions de véhicules particuliers pour 68 millions d’habitants, soit plus d’une voiture pour deux personnes.

La voiture était un objet de luxe. En 1930, seules les classes aisées peuvent s’offrir une automobile. Une Citroën C4 coûte l’équivalent de plusieurs années de salaire ouvrier. L’entretien, l’essence et les réparations sont hors de portée du commun des mortels. L’automobile est un signe extérieur de richesse, un objet de fascination.

L’industrie française dominait le monde. Au début du XXe siècle, la France est le premier producteur mondial d’automobiles. En 1930, elle produit près de 250 000 véhicules par an — le record de l’entre-deux-guerres. Renault, Citroën et Peugeot sont des marques de prestige. Aujourd’hui, la production française a chuté et les constructeurs nationaux subissent la concurrence mondiale.

Les routes se sont transformées. En 1930, le réseau routier est largement inadapté à l’automobile : chemins défoncés, absence de signalisation, rareté des stations-service. Les autoroutes n’existent pas. Aujourd’hui, la France dispose de 12 400 km d’autoroutes et d’un réseau routier de plus d’un million de kilomètres.

L’automobile s’est démocratisée après-guerre. La 4 CV Renault (1946), la 2 CV Citroën (1948) et la Peugeot 203 (1948) inaugurent l’ère de la voiture populaire. Le parc atteint 10 millions de véhicules en 1968. La voiture devient le symbole de la liberté individuelle et de l’ascension sociale des Trente Glorieuses.

La dépendance automobile s’est installée. En 1930, la vie quotidienne s’organise sans voiture : commerces de proximité, transports en commun, trajets courts. Aujourd’hui, 85 % des trajets domicile-travail se font en voiture. Les zones périurbaines sont conçues pour l’automobile. Ne pas avoir de voiture est devenu un handicap social.

Le coût est devenu une charge. Budget carburant, assurance, entretien, stationnement : posséder une voiture coûte en moyenne plus de 5 000 euros par an. Pour les ménages modestes, c’est le deuxième poste de dépense après le logement. La voiture, autrefois luxe désiré, est devenue nécessité subie.

La transition s’amorce dans la douleur. Face aux impératifs climatiques, la voiture thermique est condamnée à terme. Les ventes de véhicules électriques progressent mais restent minoritaires. Le prix des électriques, l’autonomie limitée et le manque de bornes freinent la transition. La fin du moteur à explosion, annoncée pour 2035 en Europe, inquiète autant qu’elle divise.

Ainsi, en moins d’un siècle, l’automobile française est passée d’un objet de luxe réservé aux élites à une nécessité quotidienne pour la majorité, transformant le territoire, les modes de vie et faisant de la voiture, tour à tour, un rêve inaccessible, un symbole de liberté pour tous puis une contrainte quotidienne.

Paul Corey