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Volodymyr Zelensky

Elu pour mettre fin à la guerre du Donbass, il se retrouve au coeur de la plus grande guerre d'Europe depuis 1945..

Volodymyr Zelensky

Comédien devenu chef de guerre, il a transformé une blague politique en résistance historique — et nul ne sait encore si l’Ukraine survivra à son pari.

Volodymyr Oleksandrovitch Zelensky naît le 25 janvier 1978 à Kryvyï Rih, ville industrielle du centre-sud de l’Ukraine soviétique. Famille juive de classe moyenne : son père ingénieur, sa mère technicienne. Il grandit russophone dans une ville à 90 % russophone. Rien ne le destine à gouverner un pays en guerre pour son identité nationale.

À 17 ans, il intègre le KVN, compétition télévisée d’humour soviétique. En 1997, sa troupe Studio Kvartal 95 atteint la finale nationale. Il étudie le droit à Kryvyï Rih mais n’exercera jamais. Le divertissement prend tout. En 2015, la série Serviteur du peuple le propulse : il y joue un professeur ordinaire devenu président par accident. 20 millions de téléspectateurs. La fiction devient programme politique.

En mars 2018, il crée le parti Serviteur du peuple, du nom de sa série. Le 31 mars 2019, il arrive en tête du premier tour de la présidentielle avec 30,2 % des voix. Le 21 avril, il écrase Porochenko au second tour : 73,2 % contre 24,5 %. Zéro expérience politique. Zéro programme détaillé. Une promesse : en finir avec la corruption et la guerre dans le Donbass.

Le 24 février 2022, la Russie lance une invasion totale. Zelensky refuse l’évacuation proposée par les Américains. “J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi.” Cette phrase, diffusée en vidéo depuis Kyiv assiégée, change tout.

En 72 heures, il devient le symbole mondial de la résistance. Depuis lors, il s’adresse par visioconférence à 40 parlements, reçoit le Prix Sakharov, est nommé personnalité de l’année par le Time en 2022.

Jamais un dirigeant n’avait mobilisé autant de soutien occidental en si peu de temps.

Entre 2022 et 2025, l’aide militaire occidentale à l’Ukraine dépasse 250 milliards de dollars. Zelensky obtient des chars Leopard, des F-16, des missiles longue portée. Mais le front stagne. En novembre 2023, son général en chef Valery Zaluzhny déclare publiquement que la guerre est dans une “impasse”. En février 2024, Zelensky le limoge. L’Ukraine perd Avdiïvka. La contre-offensive de 2023 ne reprend pas de territoire significatif. Le pays compte entre 50 000 et 80 000 soldats tués selon les estimations — les chiffres officiels restent classifiés.

La loi martiale lui permet de gouverner par décret, de suspendre les élections présidentielles prévues en mars 2024, d’interdire les partis d’opposition, dont le Parti des régions. Ses détracteurs dénoncent une dérive autoritaire. Ses partisans répondent : aucune démocratie ne tient des élections sous bombardements. Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, son allié d’hier, l’accuse publiquement de concentrer le pouvoir.

Zelensky laisse un pays transformé, dévasté et suspendu. 6 millions de réfugiés à l’étranger, 5 millions de déplacés internes, 30 à 40 % du réseau électrique détruit. Il a forcé l’Occident à choisir son camp, ancré l’Ukraine dans l’UE comme horizon irréversible, et fait de la résistance ukrainienne une identité nationale là où elle était encore disputée en 2021.

Ainsi, Zelensky a réussi l’impossible — survivre, tenir, convaincre le monde — mais au prix d’une guerre sans fin visible, d’une démocratie suspendue au nom de sa survie, et d’un pays dont la reconstruction, estimée à plus de 500 milliards de dollars, reste entièrement à financer.

Paul Corey