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Xi Jinping

Xi Jinping

Arrivé au pouvoir en 2012, cet homme de cinquante-neuf ans forgé dans les grottes du Shaanxi a transformé la Chine en puissance autoritaire assumée.

Xi Jinping naît le 15 juin 1953 à Pékin dans l’enceinte de Zhongnanhai, compound réservé à l’élite du Parti. Son père, Xi Zhongxun, vétéran de l’Armée rouge et vice-Premier ministre, lui offre une enfance privilégiée avec cuisiniers, nounous et chauffeur. En 1962, tout s’effondre : le père est purgé pour avoir soutenu un roman jugé contre-révolutionnaire. Quatre ans plus tard, les Gardes rouges pillent la maison familiale, traînent la mère en séance d’autocritique. L’une de ses demi-sœurs se suicide. En 1968, le père est jeté en prison pour sept ans dans huit mètres carrés.

À quinze ans, Xi est dénoncé comme fils de contre-révolutionnaire. En 1969, il est expédié à Liangjiahe, village reculé du Shaanxi où 360 habitants vivent dans des grottes. Pas d’électricité, pas d’eau courante. Il tente de fuir, est arrêté à Pékin, renvoyé au village. Sept années à labourer, porter cent kilos de blé, demander dix fois son admission au Parti avant d’être accepté en 1974. En 1975, la réhabilitation de son père lui permet de quitter le village. À vingt-deux ans, il intègre l’université Tsinghua, étudie le génie chimique, devient secrétaire particulier du ministre de la Défense.

De 1982 à 2002, il gravit les échelons dans le Hebei puis au Fujian pendant dix-sept ans. Vice-maire de Xiamen, gouverneur de province en 1999. Pendant son mandat, le groupe Yuanhua poursuit une contrebande de plusieurs milliards de dollars. Xi n’est jamais impliqué mais ferme les yeux. En 2002, il devient secrétaire du Parti au Zhejiang : croissance de 14% par an, réputation de pourfendeur de corruption locale. En mars 2007, Shanghai est ébranlé par un scandale de détournement de fonds de pension. Xi est appelé à la rescousse, calme le jeu en sept mois. En octobre 2007, il entre au Comité permanent du Politburo. Le 15 novembre 2012, il devient secrétaire général du Parti communiste chinois.

Dès son premier discours, il identifie la corruption comme menace existentielle. Entre 2013 et 2024, plus de six millions de membres du Parti sont sanctionnés. Parmi les « tigres » abattus : Zhou Yongkang, ancien membre du Comité permanent du Politburo ; Bo Xilai, secrétaire du Parti de Chongqing ; des généraux, des ministres, des chefs d’entreprises d’État. Les restaurants de banquet ferment par milliers. La consommation de produits de luxe s’effondre. En janvier 2025, Xi réaffirme que la corruption reste « la plus grande menace », signalant que la campagne continue. Question troublante : douze ans après son lancement, a-t-elle éradiqué la corruption ou déplacé les réseaux vers les fidèles de Xi ?

Il rompt avec la « direction collective » instaurée par Deng Xiaoping. Là où Jiang Zemin et Hu Jintao gouvernaient en équipe, Xi concentre tous les leviers. Il préside lui-même les « petits groupes dirigeants » sur la réforme, la sécurité, les affaires étrangères, Taïwan. En 2017, sa « pensée » entre dans la constitution du Parti. En mars 2018, l’Assemblée nationale abolit la limite de deux mandats présidentiels. En octobre 2022, lors du 20e Congrès, Hu Jintao est escorté hors de la salle sous les yeux impassibles de Xi. Le nouveau Comité permanent est entièrement composé de loyalistes. Le village de Liangjiahe devient lieu de pèlerinage avec fresques et panneaux exaltant ses années formatrices.

En février 2021, il annonce l’éradication de l’extrême pauvreté : 100 millions de Chinois sortis de la misère pendant ses huit premières années au pouvoir, 1 600 milliards de yuans investis. Le PIB chinois double, dépassant 17 000 milliards de dollars. L’initiative « Ceinture et Route » lancée en 2013 déploie plus de 150 pays signataires, plus de mille milliards de dollars prêtés. Mais depuis 2017, plus d’un million de Ouïghours sont internés dans des camps au Xinjiang. Le rapport de l’ONU d’août 2022 parle de « crimes contre l’humanité ». À Hong Kong, la loi sur la sécurité nationale de 2020 décime l’opposition, muselle la presse, emprisonne des dizaines de militants. La politique « zéro Covid » confine des métropoles entières pendant des mois avant son abandon brutal. Les tensions avec les États-Unis atteignent des niveaux inédits depuis 1979.

À soixante-douze ans, sans successeur désigné, il a remodelé le système à son image. Ralentissement économique, vieillissement démographique, tensions géopolitiques, mécontentement social latent. Les défenseurs saluent l’efficacité, la stabilité, la vision à long terme. Les critiques dénoncent l’autoritarisme, la répression, l’impasse historique.

Ainsi, Xi Jinping a démontré qu’un autre modèle reste viable au XXIe siècle : surveillance de masse comme condition de stabilité, rejet de la démocratie libérale comme aberration occidentale, autoritarisme présenté comme avantage comparatif, le tout sur fond d’internement de minorités et d’écrasement des libertés.

Paul Corey