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2027 : last call ?

Les cinq tabous qui bloquent le pays..

2027 : last call ?

Il existe des moments où une nation cesse progressivement de se gouverner sans s’effondrer tout de suite.

Depuis soixante-dix ans, cinq séquences historiques ont structuré son rapport au pouvoir, à l’économie et à la démocratie. Chacune répondait à une nécessité réelle. Aucune n’a été dépassée. Ensemble, elles ont produit un système cohérent mais bloqué, où l’action publique coûte de plus en plus et produit de moins en moins.

1958 : la France ne réforme pas ses institutions par goût de l’autorité, mais par épuisement. La IVe République ne peut trancher la question algérienne ni assurer la stabilité gouvernementale. Le choix gaullien est fonctionnel. La Ve République naît pour décider vite, arbitrer clairement, concentrer la responsabilité. Le pays se modernise, s’industrialise, s’équipe. La centralisation permet l’exécution.

Mais ce modèle installe une dissymétrie : un exécutif fort, un Parlement affaibli, une décision éloignée du contrôle démocratique. Tant que la croissance compense, l’équilibre tient.

1968 : ce n’est pas l’État qui vacille, mais la société. Une génération nombreuse, éduquée, prospère remet en cause l’autorité sans remettre en cause le pouvoir. Le mouvement échoue politiquement mais transforme les normes. Les hiérarchies deviennent suspectes, la contrainte illégitime, la sélection injuste. Cette mutation imprègne progressivement l’enseignement, les médias, l’administration, le droit.

La décision publique se justifie moralement avant de se penser efficacement. Le débat glisse de l’arbitrage vers l’intention. L’idéologie socialiste migre de la lutte des classes vers la défense des minorités.

1981 : la France tente une dernière fois de choisir seule son modèle économique. Le programme est cohérent, l’ambition assumée. Mais le contexte a changé. Le tournant de 1983 marque moins un renoncement qu’une prise de conscience tardive : le modèle social construit à la Libération repose sur une démographie, une structure productive - avec industrie et plein emploi - et une croissance qui n’existent plus.

Le système continue de protéger, mais désincite. Il absorbe une part croissante des ressources sans s’adapter aux transformations du travail et de la mondialisation. Toute remise en cause devient politiquement risquée.

1992 : la dimension européenne s’ajoute. Le traité de Maastricht est adopté de justesse. La construction institutionnelle progresse plus vite que l’adhésion populaire. La monnaie est mutualisée sans État politique commun. La France délègue des leviers essentiels sans clarifier ce qu’elle attend en retour. L’euro lui permet d’emprunter au prix de l’Allemagne, mais les règles se rigidifient pendant que les souverainetés se fragmentent. La responsabilité politique se dilue entre niveaux de décision.

L’Union devient un cadre normatif puissant mais stratégiquement faible, exposant les États aux chocs extérieurs tout en limitant leurs marges d’adaptation.

2005 : la rupture devient explicite. Le rejet du traité constitutionnel révèle un fossé entre les élites et le corps électoral. La décision est contournée, jamais digérée. L’État apparaît omniprésent mais inefficace. Les dépenses augmentent, les résultats stagnent. Les structures se complexifient, les responsabilités se fragmentent, l’évaluation disparaît. Le système se protège lui-même, mais peine à remplir ses missions.

Ces cinq séquences ont produit cinq rigidités majeures : institutionnelle (pouvoir concentré mais peu responsable), idéologique (l’intention prime sur l’efficacité), sociale (protection structurellement déséquilibrée), européenne (intégration qui contraint plus qu’elle ne protège et qui anesthésie grâce à la dette en Euro), administrative (État centralisé, normatif, coûteux, peu opérant).

Ces rigidités se renforcent mutuellement. On ne réforme pas l’État sans toucher au modèle social. On ne réforme pas le modèle social sans marges de souveraineté économique. On ne retrouve pas de souveraineté sans légitimité démocratique. Et aucune transformation n’est possible tant que toute réforme est disqualifiée moralement avant d’être évaluée.

La trajectoire confirme une dégradation continue, des déficits chroniques, des services publics sous tension, une grande défiance civique, une abstention croissante, la radicalisation des extrêmes, et la perte d’influence internationale. Un système qui résiste mais n’avance plus…

Pourtant, l’outil institutionnel conçu pour sortir la France de l’impasse en 1958 demeure capable de provoquer une rupture. La concentration du pouvoir exécutif pourrait redevenir un levier si elle était adossée à un projet explicite, assumé, cohérent, courageux, concret, soumis au jugement populaire.

La logique serait simple mais exigeante : utiliser la puissance de la Ve République pour lever simultanément les principaux blocages, puis refonder les institutions une fois les réformes engagées. Employer la centralisation pour restaurer la capacité d’agir, avant de redonner la main au Parlement, aux territoires, aux citoyens.

L’histoire nous apprend que la France ne change que sous la pression. Les cinq tabous précédents l'ont fait monter à un niveau sans précédent.

2027 pourrait être ce moment. Le choix explicite de reprendre notre destin en main.

Last call.

Paul Corey