Benjamin Netanyahou
Seize ans au pouvoir, un héritage encore incertain...

Le Premier ministre le plus longtemps en poste de l’histoire d’Israël gouverne aujourd’hui sous la pression d’un procès pour corruption, d’un mandat d’arrêt international et d’une guerre dont on ne voit pas la fin.
Né le 21 octobre 1949 à Tel-Aviv, Benjamin Netanyahu grandit dans une famille profondément marquée par l’histoire et l’idéologie sioniste. Son père, Benzion Netanyahu, historien spécialiste de l’Inquisition espagnole, est un proche collaborateur de Ze’ev Jabotinsky (1880-1940), écrivain, journaliste et dirigeant politique juif originaire d’Odessa (dans l’Empire russe).
Jabotinsky est surtout connu pour avoir fondé le sionisme révisionniste, un courant du mouvement sioniste qui prônait la création rapide d’un État juif souverain et une politique de défense forte.
L’univers familial est donc intellectuel, nationaliste et fortement imprégné de l’idée que l’histoire juive est marquée par la vulnérabilité et nécessite une solide puissance géopolitique.
Benjamin Netanyahou passe une partie importante de son enfance aux États-Unis, où son père enseigne. En 1963, la famille s’installe dans la banlieue de Philadelphie. Il étudie au Cheltenham High School, où il développe une parfaite maîtrise de l’anglais et se familiarise avec la culture politique américaine. Ce double ancrage — israélien et américain — marquera durablement sa trajectoire politique et diplomatique.
À son retour en Israël, il effectue son service militaire dans l’unité d’élite des forces spéciales israéliennes, Sayeret Matkal, entre la fin des années 1960 et le début des années 1970. Il participe à plusieurs opérations clandestines et atteint le grade de capitaine.
En 1976, son frère aîné Yonatan Netanyahu est tué lors de l’opération d’otages d’Operation Entebbe. Cet événement marque profondément Benjamin Netanyahou et contribue à structurer son engagement public autour de la lutte contre le terrorisme.
Après l’armée, il retourne aux États-Unis pour ses études supérieures. Il intègre le Massachusetts Institute of Technology, où il obtient en 1975 un bachelor en architecture puis un master en management à la Sloan School of Management. Il A Boston, il travaille deux ans comme consultant pour le Boston Consulting Group.
Il débute ensuite une carrière diplomatique. Entre 1984 et 1988, il est nommé ambassadeur d’Israël auprès des United Nations. Sa maîtrise de l’anglais, sa capacité à intervenir dans les médias et sa connaissance de la politique américaine lui confèrent rapidement une visibilité internationale.
En 1988, il est élu à la Knesset sous l’étiquette du Likud. En 1993, il prend la tête du parti. Trois ans plus tard, à quarante-six ans, il devient le plus jeune Premier ministre de l’histoire d’Israël.
Battu par Ehud Barak en 1999, il revient au pouvoir en 2009 et domine la politique israélienne pendant plus d’une décennie. Il dirige le pays jusqu’en 2021 avant de reprendre la tête du gouvernement en décembre 2022. Au total, il aura passé plus de seize ans à la tête du gouvernement israélien, un record.
Durant cette période, sa stratégie diplomatique contribue à modifier les équilibres régionaux. En 2020, Israël conclut les Abraham Accords avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Ces accords constituent la première normalisation officielle entre Israël et plusieurs États arabes depuis le traité de paix israélo-jordanien de 1994. Sous la présidence de Donald Trump, l’ambassade américaine est également transférée à Jérusalem en 2018.
Sur le plan intérieur, il fait adopter en 2018 la loi fondamentale définissant Israël comme « État-nation du peuple juif ». Dans le même temps, les implantations israéliennes en Cisjordanie continuent de s’étendre et les tensions avec l’Iran s’intensifient, notamment à travers des frappes régulières contre des positions iraniennes en Syrie.
En 2019, Benjamin Netanyahou devient le premier chef de gouvernement israélien en exercice à être inculpé pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois dossiers, connus en Israël sous les noms de dossiers 1000, 2000 et 4000.
Dans la première affaire, il est soupçonné d’avoir accepté pendant plusieurs années des cadeaux de valeur — notamment des cigares et du champagne — de la part d’hommes d’affaires, en échange d’interventions en leur faveur.
La seconde concerne des discussions avec le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth portant sur une éventuelle législation susceptible d’affaiblir un journal concurrent en échange d’une couverture médiatique plus favorable.
La troisième affaire, considérée comme la plus grave, porte sur des avantages réglementaires présumés accordés au groupe de télécommunications Bezeq, dont un site d’information aurait en retour modifié sa ligne éditoriale pour favoriser le Premier ministre.
Le procès s’est ouvert en mai 2020 devant le tribunal de Jérusalem et se poursuit alors qu’il exerce toujours ses fonctions. Netanyahou conteste l’ensemble des accusations.
Le 7 octobre 2023, l’organisation islamiste Hamas mène l’attaque la plus meurtrière contre des civils israéliens depuis la création de l’État. Environ 1 200 personnes sont tuées et plus de 200 prises en otage. Israël lance une opération militaire de grande ampleur dans la bande de Gaza. Le conflit s’étend progressivement aux fronts libanais et syrien, et les tensions avec l’Iran s’intensifient.
En novembre 2024, la International Criminal Court émet des mandats d’arrêt visant Benjamin Netanyahou et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés.
Sur le plan intérieur, la guerre accentue les tensions politiques. Des manifestations régulières ont lieu en Israël, notamment de la part de familles d’otages demandant des négociations plus rapides. L’opposition accuse le Premier ministre de privilégier sa survie politique, tandis que ses partisans défendent la nécessité de poursuivre les opérations militaires.
Ces derniers jours, la guerre a pris une dimension régionale : frappes israéliennes en Iran, missiles iraniens et tirs du Hezbollah depuis le Liban, bombardements sur Beyrouth et le sud du pays — une escalade qui fait redouter l’embrasement du Moyen-Orient.
Après plus de seize années cumulées à la tête du gouvernement, Benjamin Netanyahu reste l’une des figures les plus influentes et les plus controversées de l’histoire politique israélienne. Son héritage, encore en train de s’écrire, mêle victoires diplomatiques, fractures internes et une guerre dont nul ne sait encore comment l’histoire la jugera.
Paul Corey