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Désindexation des retraites : la ligne rouge ?

Avant de geler les pensions, que l’État commence par réduire son propre train de vie.

Désindexation des retraites : la ligne rouge ?

Deux gouvernements sont tombés en dix-huit mois pour avoir touché aux pensions. Le troisième reprend exactement le même chemin. Ce qui ressemble à du courage budgétaire révèle en réalité un aveu : l’État préfère raboter ses créanciers plutôt que se réformer lui-même.u

Trente milliards d’économies à trouver pour 2027. Six milliards demandés aux retraités, par un gel des pensions au-dessus de 2 000 ou 3 000 euros, ou par la fin de l’abattement fiscal de 10 %.

Pas un mot sur le train de vie de l’État, sur les opérateurs, sur les doublons administratifs.

La désindexation arrive avant toute chose. C’est la ligne rouge.

Le mécanisme mérite d’être décrypté. Une désindexation ne se voit sur aucune fiche, ne passe par aucun vote de hausse d’impôt. Elle laisse l’inflation faire le travail. Deux pour cent de prix en plus, zéro pour cent de pension en plus : quarante euros par mois envolés pour une retraite de 2 000 euros, sans qu’aucun ministre ait à signer une facture.

Dix-sept millions de retraités, un seul décret.

Jamais un prélèvement n’a été aussi simple à décider.

L'effort idéal: il est inversé et invisible. L’État demande à ceux qui ont déjà travaillé quarante ans l’effort qu’il refuse de s’imposer à lui-même.

L’Etat Macroniste ressemble à ce ménage surendetté qui commence par rogner la pension de la grand-mère avant de résilier le moindre abonnement.

Barnier a proposé six mois de report : censuré. Bayrou a proposé une année blanche : renversé. Lecornu convoque ses ministres le 17 septembre pour la même opération, sous un autre nom.

Chacun découvre tardivement la même vérité. En France, la pension est le dernier contrat que l’État a encore la réputation de tenir. Le rompre coûte Matignon.

Pour rendre l’opération acceptable, il faut un coupable.

Ce sera le retraité « aisé », celui qui touche 2 000 euros après une vie de cotisations. La mécanique est connue. D’autres désignent l’étranger. La Macronie désigne l’aîné. Même ressort, même cible facile, même facture repoussée sur ceux qui ne descendent plus dans la rue.

Quand le déficit persiste, la faute revient aux Russes et aux retraités. Jamais à la dépense.

Un basculement se joue là. En 2017, le macronisme promettait de transformer les structures. En 2026, il finit en rabot.

Le quinquennat s’achève en prélevant l’électorat qui l’a porté deux fois. Ce que la présidence laissera derrière elle se résume désormais à une ligne comptable prise sur les plus fidèles.

L’héritage se transforme en ressentiment.

L’ordre des efforts fait la légitimité de l’effort. Avant toute désindexation, trois chantiers s’imposent.

Recentrer l’État régalien, avec une règle d’or et la réduction de son propre train de vie.

Refonder le modèle social, retraite portée à 65 ans, santé, travail, solidarité repensés dans un même mouvement.

Se séparer de ce qui ne relève plus de l’État, à commencer par un audiovisuel public rendu au marché.

Ensuite seulement, si l’addition résiste, demander aux retraités.

Prétendre que rien de tout cela ne peut précéder le gel des pensions relève du manque de lucidité et de courage le plus détestable: celui qui choisit sa victime selon sa docilité, sans résoudre le problème de fond.

L’effort se demande après se l’être imposé. Jamais avant. En 2027, les Français s’en souviendront. C’est peut-être l'objectif recherché.

UN SUJET. DES FAITS. DES IDÉES. LE FONDS

Paul Corey