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ENVIRONNEMENT : Ce qui a changé

De ressource infinie à capital existentiel

ENVIRONNEMENT : Ce qui a changé

En 1930, la nature était une ressource à exploiter. Aujourd’hui, elle est devenue un équilibre à préserver.

En 1930, l’environnement n’est pas un sujet en tant que tel. La nature est omniprésente, mais elle est d’abord perçue comme un réservoir de ressources.

L’économie repose largement sur l’exploitation directe des milieux naturels : en France, près de 40 % de la population active travaille dans l’agriculture. Les émissions industrielles existent, mais restent limitées : les émissions mondiales de CO₂ sont alors d’environ 2 milliards de tonnes par an, contre plus de 36 milliards aujourd’hui.

Avec l’industrialisation et la croissance du XXe siècle, la pression sur les ressources s’intensifie fortement.

La population mondiale passe de 2 milliards d’habitants en 1930 à plus de 8 milliards aujourd’hui.

La consommation d’énergie est multipliée par plus de 10 depuis 1950, principalement à partir d’énergies fossiles.

Les villes s’étendent : en 1950, moins de 30 % de la population mondiale est urbaine, contre plus de 55 % aujourd’hui.

Peu à peu, une prise de conscience émerge.

Les dégradations deviennent visibles. La pollution de l’air est aujourd’hui responsable d’environ 7 millions de décès prématurés par an dans le monde. La biodiversité recule : les populations de vertébrés sauvages ont diminué de près de 70 % depuis 1970. En France, près de 20 % des espèces sont menacées.

La question change alors d’échelle.

Elle devient globale. La concentration de CO₂ dans l’atmosphère est passée d’environ 280 ppm avant l’ère industrielle à plus de 420 ppm aujourd’hui. La température moyenne mondiale a déjà augmenté d’environ +1,2 °C depuis la fin du XIXe siècle. Les activités humaines sont désormais identifiées comme la cause principale de ces évolutions.

Dans le même temps, les modes de production et de consommation sont interrogés. La consommation mondiale de matières premières a été multipliée par plus de 3 depuis 1970. L’agriculture utilise environ 70 % de l’eau douce prélevée dans le monde.

La question de la soutenabilité devient centrale.

Les politiques publiques évoluent en conséquence. Des cadres internationaux se mettent en place. Plus de 190 pays sont signataires de l’Accord de Paris (2015), visant à limiter le réchauffement climatique.

En Europe, les objectifs visent une réduction des émissions de -55 % d’ici 2030. Les réglementations environnementales se multiplient.

Mais ces évolutions s’accompagnent de tensions. La transition énergétique représente des investissements massifs : plusieurs centaines de milliards d’euros par an en Europe. Les arbitrages entre croissance, pouvoir d’achat et réduction des émissions sont au cœur des débats.

Parallèlement, les comportements individuels évoluent. En France, plus de 70 % des consommateurs déclarent prendre en compte des critères environnementaux dans leurs choix. Mais l’empreinte carbone moyenne reste élevée : environ 9 tonnes de CO₂ par habitant et par an, bien au-dessus des objectifs de neutralité.

Peu à peu, le rapport à la nature se transforme. Elle n’est plus perçue comme une ressource illimitée. Aujourd’hui, l’humanité consomme l’équivalent de 1,7 planète par an, ce qui illustre le dépassement des capacités de régénération.

Là où la nature semblait abondante et maîtrisable, elle apparaît désormais comme limitée, vulnérable… et centrale pour l’équilibre des sociétés humaines.

Paul Corey