ÉTATS-UNIS : Ce qui a changé
En 1930, l’Amérique était frappée par la crise. Aujourd’hui, elle concentre la richesse et la puissance… mais se fracture de l’intérieur.

En 1930, l’Amérique était en crise et repliée sur elle-même. Aujourd’hui, elle domine le.monde… et doute d’elle-même.
En 1930, les États-Unis sont frappés de plein fouet par la Grande Dépression. Le krach boursier d’octobre 1929 entraîne l’effondrement de l’économie : entre 1929 et 1933, le PIB réel recule de plus de 25 %, et le chômage atteint jusqu’à 25 % des actifs.
Le pays compte 123 millions d’habitants. Plus de 20 % des actifs travaillent encore dans l’agriculture, et 44 % de la population vit à la campagne.
Sur la scène internationale, l’Amérique reste en retrait. Elle a refusé d’entrer dans la Société des Nations et pratique l’isolationnisme. Son armée de terre compte moins de 150 000 hommes. Elle est déjà une grande économie, mais pas encore une puissance mondiale.
La Seconde Guerre mondiale change tout. L’effort de guerre relance l’industrie et absorbe le chômage. En 1945, les États-Unis produisent à eux seuls près de la moitié de la production industrielle mondiale. Les accords de Bretton Woods (1944) font du dollar la monnaie de référence du système international.
L’Amérique devient la première puissance du monde occidental.
L’économie change d’échelle. Aujourd’hui, le PIB américain dépasse 29 000 milliards de dollars, soit environ 26 % du PIB mondial pour à peine plus de 4 % de la population de la planète. Le PIB par habitant dépasse 85 000 dollars, l’un des plus élevés au monde. La population atteint environ 340 millions d’habitants.
La structure de l’emploi s’est transformée. L’agriculture n’occupe plus qu’environ 1,5 % des actifs, et l’industrie manufacturière moins de 10 %. Les services représentent désormais près de 80 % des emplois. Plus de 80 % des Américains vivent en zone urbaine.
Le dollar reste au cœur du système financier mondial. Il représente encore près de 60 % des réserves de change des banques centrales. Les marchés boursiers américains pèsent près de la moitié de la capitalisation boursière mondiale. Wall Street est devenue le centre de gravité de la finance internationale.
Dans le même temps, les États-Unis dominent l’innovation. Ils consacrent environ 3,4 % de leur PIB à la recherche et développement, soit près de 900 milliards de dollars par an. Les plus grandes entreprises technologiques du monde sont américaines : informatique, Internet, intelligence artificielle. La puissance militaire est sans équivalent.
Le budget de la défense approche 1 000 milliards de dollars, soit environ 37 % des dépenses militaires mondiales (SIPRI). Les.États-Unis disposent de plusieurs centaines de bases à l’étranger. Le pays isolationniste de 1930 est devenu le gendarme du monde.
La société évolue également. L’espérance de vie passe de 60 ans en 1930 à environ 79 ans aujourd’hui. La part des personnes nées à l’étranger, d’environ 12 % en 1930, dépasse aujourd’hui 14 % : l’Amérique reste une terre d’immigration.
Mais des fractures apparaissent. Les inégalités se creusent : le coefficient de Gini avoisine 0,49, le plus élevé des grands pays développés, et les 1 % les plus riches détiennent environ 30 % du patrimoine.
La dette fédérale dépasse 37 000 milliards de dollars, plus de 120 % du PIB. Le déficit commercial dépasse 900 milliards de dollars par an. La polarisation politique s’intensifie.
Sur le plan international, la domination américaine est désormais contestée. La montée de la Chine, la remise en cause du libre-échange et le retour des droits de douane traduisent une Amérique qui s’interroge sur le prix de son leadership.
Peu à peu, les États-Unis passent d’un pays en crise, rural pour près de moitié et replié sur lui-même, à la première puissance économique, financière, technologique et militaire de la planète. Là où ils étaient en retrait, ils sont devenus le centre du monde… un centre de plus en plus contesté, au-dehors comme au-dedans.
Paul Corey