Êtes-vous prospériste ?
Le prospérisme en une page : ce qu’il est, en quoi il diffère, à quoi il sert.

Les cinq textes fondateurs - Diagnostic, Fondements, Manifeste, Doctrine et Généalogie - seront prochainement publiés et développent ce qui n’est ici qu’esquissé.
Une baisse d’impôts est-elle une bonne politique ? Une dépense publique est-elle vertueuse ? Selon toute vraisemblance, votre réponse a fusé. Et elle dit surtout de quel camp vous venez.
Depuis un demi-siècle, le débat public fonctionne ainsi : la question désigne le camp, le camp dicte la réponse, et personne ne regarde ce que la politique en question a réellement produit.
Le prospérisme propose de répondre autrement.
Le prospérisme est un système de pensée politique fondé sur une idée simple : toute politique publique se mesure au patrimoine net qu’une société transmet à la génération suivante. Non pas le PIB, qui mesure la récolte d’une année, mais le stock qui rendra possibles les récoltes suivantes.
Car le patrimoine d’une nation n’est pas seulement financier. Une génération lègue à la suivante des femmes et des hommes mieux ou moins bien formés, des entreprises, des laboratoires, des infrastructures, des institutions dignes de confiance, des paysages, une culture, des savoir-faire. Elle lui transmet aussi des dettes, des rentes, des dépendances et des fragilités.
Le prospérisme appelle cet ensemble le patrimoine net de la nation. Il le décrit comme la somme de sept capitaux - humain, économique, scientifique, industriel, institutionnel, environnemental et culturel - diminuée des charges qui les accompagnent.
Une société prospère n’est pas celle qui consomme le plus ; c’est celle qui transmet davantage qu’elle n’a reçu.
Le prospérisme repose sur une théorie de la richesse.
Toute richesse durable est d’abord une idée qui a pris corps. Une centrale électrique est une idée devenue béton. Une entreprise est une idée devenue organisation. Une école est une idée qui fabrique d’autres idées. Derrière chaque capital se trouve toujours une invention, une découverte, une institution, une méthode ou une liberté qui ont fini par se matérialiser. Les civilisations ne s’enrichissent pas parce qu’elles accumulent des objets ; elles accumulent des objets parce qu’elles ont appris à produire davantage d’idées utiles.
À la source de toutes se trouve le “capital” le plus décisif, celui que l’Angleterre a progressivement inventé au XVIIIᵉ siècle : la liberté des idées et le respect de ceux qui les entreprennent.
C’est le regard porté sur ceux qui créent qui décide où va le talent d’une nation : vers l’atelier ou vers la rente, vers l’innovation ou vers la protection des positions acquises. Ce capital-là n’apparaît sur aucun bilan comptable, mais il engendre tous les autres. Et contrairement aux ressources naturelles, il peut aussi disparaître.
C’est donc une conquête permanente, jamais un héritage définitivement acquis.
La France ne s’appauvrit pas ; elle vit bien. Mais elle vit comme un rentier qui vend ses meubles pour payer le dîner : elle consomme ce que d’autres ont accumulé, emprunte par-dessus et appelle niveau de vie ce qui est, pour une part, une liquidation du patrimoine.
Le problème n’est ni la dépense ni l’impôt en eux-mêmes. Le problème est qu’aucune institution, aucun indicateur, aucun système de pensée n’oblige réellement à mesurer ce qui est transmis. Le court terme est rationnel pour celui qui décide ; il devient ruineux pour ceux qui héritent.
Le prospérisme est un système de pensée, pas un camp politique.
Devant chaque décision publique, une seule question compte réellement : augmente-t-elle le patrimoine net transmis ? Autrement dit, quel capital crée-t-elle, à quel coût, et laisse-t-elle finalement davantage d’actifs que de charges ?
Cette grille condamne aussi bien la compensation éternelle que la baisse d’impôts financée par la dette. Elle conduit parfois à défendre des investissements que la gauche comme la droite ont souvent négligés, parce qu’ils mettent longtemps à produire leurs effets : la petite enfance, la recherche fondamentale ou certaines infrastructures.
Elle ne remplace pas le débat démocratique ; elle oblige simplement chacun à dire ce qu’il choisit de sacrifier, pour quel bénéfice futur et au prix de quelles charges.
Dans cette perspective, l’État n’est ni propriétaire du jardin, ni jardinier. Il en est le syndic-mandataire.
Le jardin appartient aux citoyens. Son rôle est de former les jardiniers, d’entretenir l’irrigation, de protéger les clôtures communes et de planter lui-même les arbres dont personne ne verra seul les fruits : les grandes infrastructures, la recherche fondamentale, les institutions. Son mandat n’est pas seulement d’entretenir le patrimoine commun ; il est de l’accroître.
Mais une doctrine qui ne crée pas les institutions capables de lui survivre reste un simple discours. Le prospérisme ne se contente donc pas de proposer un nouveau critère ; il veut le rendre opposable au pouvoir lui-même.
Une règle qui interdit d’emprunter pour financer la dépense courante. Un bilan patrimonial de la nation annexé à chaque budget. Un juge indépendant chargé de revenir périodiquement vérifier les résultats plutôt que les intentions. La règle lie, le bilan éclaire, le juge rappelle le rendez-vous.
Le prospérisme consiste à penser l’action publique non par ses intentions mais par son legs, démontrable ou présumé, puis à se doter des institutions qui rendent ce débat incontournable.
Là où le progressisme demande si une politique est juste, et le libéralisme si elle est libre, le prospérisme demande ce qu’elle laissera. Car sa conviction la plus profonde n’est pas comptable mais culturelle : la prospérité ne se distribue pas. Elle se plante. Et elle pousse là où une société honore ceux qui plantent.
Alors, êtes-vous prospériste ? La réponse ne dépend ni de votre bulletin de vote ni de votre sensibilité. Elle tient à une seule question, que chacun peut poser devant n’importe quelle annonce publique : dans vingt ans, que restera-t-il réellement de cette décision ? Un actif net de ses charges, ou une dette déguisée en progrès ?
Posez cette question systématiquement. Vous êtes déjà prospériste.
Paul Corey