Lire le livre

Friedrich Merz

Le chantre de la rigueur budgétaire - ancien lobbyiste de Black Rock - qui a dynamité sa propre Constitution pour dépenser 500 milliards...

Friedrich Merz

L’homme qui a passé vingt ans à prêcher la rigueur budgétaire allemande — puis a dynamité la Schuldenbremse constitutionnelle dès son premier mois de gouvernement.

Né le 11 novembre 1955 à Brilon, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans une famille catholique conservatrice. Sa mère descend de la noblesse provinciale française des Sauvigny. Il adhère à la CDU à 17 ans, en 1972. Renvoyé du Gymnasium Petrinum pour indiscipline, il finit son Abitur ailleurs en 1975. Service militaire dans l’artillerie, puis droit à Bonn et Marbourg avec une bourse de la Fondation Konrad-Adenauer. Premier examen en 1982, deuxième en 1986. Juge pendant un an à Sarrebruck, puis avocat à l’Association allemande de l’industrie chimique. Il n’a jamais connu ni la précarité ni l’opposition politique réelle.

En 1989, il entre au Parlement européen. En 1994, il est élu au Bundestag pour le Hochsauerlandkreis. En 2000, après le scandale de financement illicite qui emporte Helmut Kohl et Wolfgang Schäuble, il prend la tête du groupe CDU/CSU au Bundestag. Son ascension est fulgurante. En 2002, Angela Merkel lui coupe l’herbe sous le pied au petit-déjeuner de Wolfratshausen, en sécurisant la candidature à la chancellerie. Elle lui fera écrire dans ses mémoires en 2024 : “Nous voulions tous les deux être le chef.” Merz est renvoyé dans la hiérarchie, démissionne en 2004. Il disparaît de la politique en 2009.

Entre 2009 et 2018, il siège dans au moins dix-neuf conseils d’administration. BASF, Bayer, AXA, HSBC, Commerzbank. Il préside l’Atlantik-Brücke pendant dix ans. En 2016, il devient président du conseil de surveillance de BlackRock Asset Management Deutschland — filiale allemande du premier gestionnaire d’actifs mondial, actionnaire significatif des trente entreprises du DAX. Son rôle officiel : supervision. Son rôle réel, selon la Süddeutsche Zeitung : “portier” entre BlackRock et les ministres des Finances allemands, dont Wolfgang Schäuble et Olaf Scholz. Il quitte BlackRock en mars 2020 pour se relancer en politique.

Il se présente à la direction de la CDU en 2018 — battu par Annegret Kramp-Karrenbauer. En 2021 — battu par Armin Laschet. En décembre 2021, troisième tentative : élu avec 62,2% des membres du parti. Le 23 janvier 2022, il est investi à 94,62% des délégués. Le 29 janvier 2025, à trois semaines des élections fédérales, il fait voter au Bundestag une motion anti-immigration avec les voix de l’AfD — parti classé extrémiste par les services de renseignement intérieurs. C’est la première fois depuis 1945 qu’une mesure passe au Parlement allemand grâce aux voix de l’extrême droite. Angela Merkel sort de sa réserve pour qualifier sa décision de “fausse”. Des dizaines de milliers d’Allemands manifestent. Un survivant de la Shoah de 99 ans rend sa médaille fédérale.

Le 23 février 2025, la CDU/CSU remporte les élections avec 28,5%. L’AfD obtient 20,8%, score historique. Le 6 mai 2025, Merz est élu chancelier au second tour du Bundestag — échouant au premier, ce qui ne s’était jamais vu. En mars 2025, avant même sa prise de fonctions, il fait voter la réforme constitutionnelle de la Schuldenbremse : 500 milliards d’euros pour les infrastructures sur douze ans, dépenses militaires exemptées du frein à la dette. L’homme qui avait fait de la rigueur budgétaire son catéchisme politique pendant trente ans brise lui-même le tabou constitutionnel qu’il avait défendu avec le plus d’ardeur.

Ses défenseurs disent qu’il a su adapter la doctrine à la réalité géopolitique. Les faits montrent qu’il aura fallu exactement une menace américaine sur l’OTAN et une AfD à 20% pour que la discipline budgétaire allemande disparaisse du vocabulaire de son plus fervent défenseur.

Ainsi, Friedrich Merz a accompli en six mois ce qu’aucun chancelier n’avait osé en trente ans : briser la règle d’or budgétaire inscrite dans la Constitution, franchir le cordon sanitaire face à l’extrême droite, et transformer en pragmatisme assumé ce que ses adversaires appelaient de l’opportunisme.

Le tout en convainquant l’Allemagne qu’il incarnait la stabilité.

Paul Corey