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Ingérences intérieures : la loi fera-t-elle ce qu’elle prétend combattre ?

Qui surveillera les surveillants de la vérité ?

Ingérences intérieures : la loi fera-t-elle ce qu’elle prétend combattre ?

Le 9 juillet 2026, trois sénateurs ont présenté cinquante-six recommandations pour protéger la présidentielle de 2027 des manipulations numériques. Leur rapport, adopté à l’unanimité, propose de surveiller la désinformation venue de l’intérieur du pays. Derrière la technique, une question que personne n’a su trancher depuis des siècles : qui, en démocratie, a le droit de décider ce qui est vrai ?

En vingt ans, le monde où quelques rédactions filtraient, vérifiaient et engageaient leur responsabilité a disparu. L’Institut Reuters l’a confirmé en juin : le public s’informe désormais davantage via Facebook, YouTube ou TikTok qu’auprès des médias traditionnels.

Les alertes se sont multipliées.

Cambridge Analytica en 2018. Le réseau prorusse Portal Kombat et ses 193 sites, documenté en 2024. Les deepfakes indiscernables du réel. Et un précédent historique : en décembre 2024, la Roumanie annule le premier tour de sa présidentielle après des soupçons de manipulation massive via TikTok.

En France, depuis 2021, VIGINUM traque les ingérences venues de l’étranger, sans jamais arbitrer le débat national.

Puis la menace a migré. Les plateformes favorisent structurellement les contenus les plus émotionnels. L’intelligence artificielle industrialise la fabrication du faux. Le Sénat en tire une conclusio.

Les outils existants ne suffisent plus.

Sa mesure phare : un observatoire indépendant de la désinformation, alimenté par des chercheurs, chargé d’identifier les manipulations d’origine intérieure et de signaler les cas graves à l’Arcom.

Faire pour l’intérieur ce que VIGINUM fait pour l’extérieur. Une proposition de loi arrivera dès la rentrée.

L’argument des défenseurs est massif. Une vidéo fabriquée atteint des millions de personnes en quelques heures. Des armées de faux comptes simulent des majorités. La Roumanie a payé la manipulation d’une annulation de scrutin. Une démocratie sans défense livre ses élections au plus offrant.

L’objection est tout aussi massive.

« Ingérence intérieure » est un oxymore.

Jusqu’ici, l’ingérence désignait ce qui vient du dehors. Requalifier ainsi des think tanks, militants ou médias alternatifs français revient à les placer hors de la communauté nationale.

Et le rapport laisse béante la frontière entre l’erreur, l’opinion et la manipulation.

On ne peut pas réguler ce qu’on ne sait pas définir.

L’histoire ajoute sa pente. Toutes les infrastructures de contrôle de l’information sont nées d’intentions défensives. Toutes ont fini par élargir leur regard. VIGINUM regardait Moscou. L’observatoire regardera Paris.

Et un organisme qui signale des voix françaises aux plateformes pour en réduire la portée, à neuf mois d’un scrutin, fait très exactement ce qu’il prétend combattre : une intervention organisée dans le débat démocratique.

Tant que les algorithmes maximiseront le temps d’écran, la désinformation gardera un avantage structurel sur l’information vérifiée. Réguler les contenus sans toucher au modèle économique, c’est écoper le navire sans colmater la coque.

« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », écrivait Beaumarchais en 1784.

La présidentielle de 2027 en sera le test grandeur nature. Entre une démocratie sans défense et une démocratie qui institutionnalise l’arbitrage du vrai, il est impossible de choisir l’univers le moins pire. Sur le fond, le sujet n’est d'ailleurs probablement pas là. D'autant qu’il est un peu tard pour commencer à évoquer ces ingérences intérieures qui menaceraient nos institutions.

En 2027, la question sera surtout de savoir si celui (celle) à qui l’on confiera le pouvoir aura su nous dire le véritè.

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Paul Corey