INSÉCURITÉ : ce qui a changé
Moins d’homicides qu’en 1930… mais aujourd’hui un volume d’infractions sans commune mesure, avec plus de 4 millions de crimes et délits par an

L’insécurité observée aujourd’hui diffère profondément de celle des années 1920-1930, tant par sa nature que par son ampleur et sa diffusion territoriale.
Dans l’entre-deux-guerres, la violence létale est plus élevée qu’aujourd’hui : le taux d’homicides atteint alors environ 2 à 3 pour 100 000 habitants. En 2023, il est inférieur à 1 pour 100 000 habitants, soit environ 950 homicides pour 68 millions d’habitants. La mortalité violente a donc nettement reculé sur un siècle.
En revanche, le volume global d’infractions enregistrées n’a plus rien de comparable. Dans les années 1930, la délinquance recensée reste limitée, dominée par des violences interpersonnelles simples et des vols sans violence. Aujourd’hui, plus de 4 millions de crimes et délits sont enregistrés chaque année, dont près d’1 million d’atteintes volontaires à l’intégrité physique, en hausse continue depuis le début des années 2000.
La nature même des violences a évolué. Les infractions impliquant des armes étaient marginales dans l’entre-deux-guerres. En 2022, plus de 20 000 infractions liées aux armes sont recensées, incluant des armes à feu issues de trafics internationaux, phénomène quasi inexistant au début du XXᵉ siècle. Plusieurs milliers de faits impliquant des armes à feu sont désormais enregistrés chaque année.
La géographie de la délinquance s’est également transformée. Dans les années 1920-1930, la criminalité se concentre dans quelques zones urbaines identifiées, tandis que les espaces ruraux restent largement préservés. Aujourd’hui, les atteintes aux personnes et aux biens touchent l’ensemble du territoire, y compris les villes moyennes et les zones périurbaines.
Les violences visant les forces de l’ordre constituent un autre indicateur de rupture. Rares et peu documentées dans les années 1930, elles dépassent désormais 30 000 agressions contre policiers et gendarmes en 2023, soit près de 80 par jour. Parallèlement, plusieurs centaines de quartiers sont aujourd’hui identifiés comme connaissant une délinquance chronique, contre un nombre très limité de zones sensibles au début du siècle dernier.
Enfin, la dynamique des phénomènes d’insécurité a changé. Dans l’entre-deux-guerres, les hausses de criminalité sont souvent liées à des crises ponctuelles avant de refluer. Depuis les années 1990, plusieurs indicateurs de violences et d’atteintes aux personnes s’inscrivent au contraire dans une tendance longue, marquée par une accumulation progressive des faits enregistrés.
Ainsi, si la France contemporaine est moins meurtrière qu’au début du XXᵉ siècle, l’insécurité actuelle se caractérise par un volume d’infractions beaucoup plus élevé, une diffusion territoriale élargie, un recours plus fréquent aux armes et une inscription plus durable dans le temps.
Paul Corey