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INSÉCURITÉ : Ce qui a changé

De 1930 à aujourd’hui, l’insécurité a changé de visage. Mais sommes-nous réellement moins en sécurité, ou simplement plus conscients des dangers ?

INSÉCURITÉ : Ce qui a changé

En 1930, l’insécurité était plus discrète, moins mesurée et plus acceptée. Aujourd’hui, elle est plus visible, précisement quantifiée, largement ressentie et crainte.

En 1930, l’insécurité existe, mais elle est peu mesurée et rarement débattue publiquement. Les statistiques sont limitées, les comparaisons difficiles.

Les violences sont présentes, notamment dans les contextes ruraux ou urbains précaires. Mais, elles sont souvent perçues comme faisant partie du quotidien.

L’État dispose de moyens plus réduits : en France, les forces de police et de gendarmerie sont moins nombreuses et moins équipées.

Avec le temps, les outils de mesure se développent.

Les infractions sont mieux recensées, analysées, publiées. Aujourd’hui, en France, on enregistre chaque année plus de 3,5 millions de crimes et délits. L’insécurité devient un objet statistique, suivi et comparé.

En 1931, la France compte environ 41 millions d’habitants ; elle en compte près de 69 millions aujourd’hui. Les homicides ont à peine bougé en proportion : un peu plus de 1 pour 100 000 habitants dans l’entre-deux-guerres, environ 1,2 aujourd’hui. Cela représente quelque 500 victimes par an hier, près de 1 000 aujourd’hui.

Mais, la médecine d’urgence a changé la donne. Près de 5 000 tentatives d’homicide sont recensées chaque année. Beaucoup d’entre elles auraient été mortelles en 1930.

La délinquance enregistrée, elle, s’est envolée. La première statistique policière nationale, en 1950, dénombrait environ 600 000 crimes et délits. On en compte plus de 3,5 millions aujourd’hui : six fois plus, pour une population qui n’a augmenté que de 60 %.

Les moyens ont suivi, mais moins vite. Les policiers et gendarmes étaient moins de 100 000 au début des années 1930, ils sont environ 250 000 aujourd’hui. Et en 1930, aucune caméra ne filme la rue.

Les formes de violence se sont diversifiéees.

Les homicides, par exemple, ont globalement diminué sur le long terme. En France, le taux d’homicide est aujourd’hui d’environ 1,2 pour 100 000 habitants, contre des niveaux plus élevés au milieu du XXe siècle. À l’échelle mondiale, il se situe autour de 6 pour 100 000 habitants.

Mais d’autres formes d’insécurité se développent ou deviennent plus visibles. On l’appelle à tort, la petite délinquance. Les vols, les cambriolages, les violences non létales représentent la majorité des infractions. En France, on compte environ 200 000 cambriolages par an et plus de 300 000 violences physiques enregistrées.

Le sentiment d’insécurité s'est considérablement amplifié.

Il ne correspond pas toujours aux données. En France, environ 50 % des personnes déclarent se sentir en insécurité dans certains lieux ou situations, même lorsque les niveaux de criminalité baissent sur certains indicateurs.

Les médias et les réseaux sociaux jouent un rôle majeur.

L’information circule en continu. Les faits divers sont plus visibles, plus commentés. Un événement local peut devenir national en quelques heures. Cette exposition renforce la perception d’insécurité.

De nouvelles formes de criminalité ont émergé.

La cybercriminalité se développe fortement. En France, plus de 300 000 infractions liées au numérique sont enregistrées chaque année (escroqueries en ligne, piratages). L’insécurité ne se limite plus à l’espace physique.

Au final, les attentes ont augmenté plus vite que les moyens de sécurité et les résultats perçus.

Les effectifs de sécurité augmentent : en France, on compte aujourd’hui environ 250 000 policiers et gendarmes.

Les dispositifs de surveillance se renforcent : plusieurs millions de caméras sont installées sur le territoire.

Les technologies (vidéosurveillance, reconnaissance, données) modifient les stratégies de sécurité.

Mais, les citoyens attendent une sécurité immédiate, visible, efficace. Les politiques publiques sont jugées à l’aune de cette exigence. L’insécurité devient un enjeu central du débat politique.

Les inégalités territoriales se sont accrues.

Certaines zones concentrent davantage de difficultés : quartiers urbains sensibles, zones rurales isolées. L’insécurité n’est pas uniforme, elle est localisée.

Peu à peu, l’insécurité passe d’une réalité peu mesurée, souvent intégrée, à un phénomène central, quantifié, médiatisé et fortement ressenti. Les violences ont changé de forme, les outils de mesure se sont développés, mais la perception occupe désormais une place essentielle.

Là où elle était subie sans toujours être nommée, l’insécurité est aujourd’hui au cœur des préoccupations… et des débats.

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Paul Corey