La France est-elle vraiment le 99e pays le plus sûr du monde ?
Faits d'insécurite et sentiment de sécurité...

99e sur 163, entre la Tanzanie et le Gabon. Le classement du Global Peace Index 2026 a fait le tour des rédactions en quelques heures. Le chiffre est exact. Ce qu’on lui fait dire l’est beaucoup moins. Et ce qu’il révèle malgré tout mérite qu’on s’y arrête.
Le débat français sur la sécurité oscille entre deux réflexes. Le déni, qui relativise chaque statistique dérangeante. La panique, qui transforme chaque fait divers en effondrement national.
Les deux dispensent du même effort : lire les chiffres.
Commençons par ce que mesure réellement ce classement. Le Global Peace Index évalue la « paix » au sens large, à travers 23 indicateurs incluant le degré de militarisation. La France y reçoit la pénalité maximale pour trois critères : l’arme nucléaire, ses exportations d’armements, ses engagements militaires extérieurs. Une puissance nucléaire, troisième exportateur d’armes au monde, sera mécaniquement reléguée. L’Islande, première depuis dix-neuf ans, n’a pas d’armée. Balayer le classement d’un revers de main serait pourtant l’erreur symétrique.
En termes de “sécurité intérieure”, la France est placée dernière des 33 pays d’Europe occidentale.
Les données d’Eurostat publiées en avril le confirment. Entre 2017 et 2024, les homicides enregistrés en France sont passés de 710 à 882, soit une hausse de 24 %. Le taux atteint 1,28 pour 100 000 habitants, quand l’Espagne affiche 0,72 et l’Italie 0,57. L’homicide reste l’indicateur le plus fiable de la statistique criminelle : une définition stable, presque aucun chiffre noir. Sa remontée rompt avec un quart de siècle de baisse, le taux français ayant été divisé par deux entre 1990 et 2015.
Les atteintes aux personnes suivent la même pente. Les tentatives d’homicide ont bondi de plus de 80 % depuis 2017, et la France affiche la plus forte hausse de l’Union pour les coups et blessures, tirée en partie par les violences intrafamiliales désormais mieux déclarées.
Les violences sexuelles enregistrées ont doublé, mais la statistique mesure ici autant la libération de la parole que la violence elle-même. Avant l’affaire Weinstein, moins d’une victime sur dix portait plainte.
Le tableau des atteintes aux biens est réconfortant. Les cambriolages ont reculé d’un tiers depuis le pic de 2014, et la France se situe dans la moyenne européenne pour les vols.
Reste la question de fond. La France consacre 57 % de son PIB à la dépense publique, contre 49 % en moyenne dans l’Union. Huit points d’écart, sur presque tout: retraites, santé, logement. Presque tout, sauf l’ordre et la sécurité publics : 1,7 % du PIB, exactement la moyenne européenne, tribunaux et prisons compris. C’est, avec les transports, la seule fonction où l’État le plus dépensier d’Europe se contente d’être ordinaire. La courbe des homicides ne dit pas autre chose.
Pourquoi la France a cessé de progresser ? Parce qu’elle ne le veut pas ?
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Paul Corey