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Retraites et dette : comment se détourner des vrais enjeux

Les retraites ne représentent qu’une fraction du déficit public. Pourquoi leur faire porter la responsabilité d’une dette que l’État continue de creuser ?

Retraites et dette : comment se détourner des vrais enjeux

Cent cinquante-deux milliards d’euros de déficit public en 2025. Cinq milliards imputables au système de retraite. Le coupable désigné du naufrage budgétaire pèse donc un trentième de la faute.

Le débat public a trouvé sa cible. À chaque alerte sur les comptes de la nation, la même silhouette revient, celle du Français parti trop tôt, pensionné trop longtemps, devenu trop coûteux.

Le récit tient en une ligne. Il résiste mal à une simple division.

L’enquête de ce jour dans Le Figaro retrace quinze années de décisions budgétaires sans redressement durable. L’énigme qu’elle révèle dépasse l’âge de départ. Les prélèvements obligatoires atteignent 43,6 % du PIB en 2025. Eurostat place la France au deuxième rang européen de la pression fiscale.

Dans le même temps, les dépenses publiques ont atteint 1 714 milliards d’euros, soit 57,3 % du PIB. Un pays qui prélève parmi les plus lourds du continent échoue pourtant à financer ses propres dépenses.

Prélever toujours plus, manquer toujours autant.

La comparaison décisive tient en deux chiffres. Le déficit public s’établit à 152,5 milliards d’euros en 2025, soit 5,1 % du PIB. Celui du système de retraite, régimes de base et complémentaires réunis, s’élève à 5,1 milliards d’euros, soit 0,2 point de PIB.

La masse des pensions est considérable : 422 milliards d’euros, 14,1 % du PIB. Mais cette masse est presque entièrement financée par ses propres ressources. Le trou est ailleurs.

Il se lit dans les comptes de l’État. Son besoin de financement atteint 128,1 milliards d’euros, vingt-cinq fois le déficit des retraites. La charge d’intérêts grimpe à 64,7 milliards d’euros, en hausse de 11,2 % sur un an : la seule rémunération des créanciers coûte douze fois plus que le déséquilibre des pensions.

Et la dette a progressé de 154,4 milliards d’euros en 2025, essentiellement sous l’effet de l’État, à hauteur de 136,2 milliards.

Accuser les retraites revient à désigner le passager le plus lourd du navire pendant que la voie d’eau s’élargit dans la salle des machines.

La dette représentait 97,9 % du PIB en 2019 ; elle atteint 115,7 % en 2025. Dix-huit points en six ans, pendant que le système de retraite restait proche de l’équilibre.

Chaque exercice transmet au suivant la facture qu’il n’a pas voulu régler, et la retraite offre à tous un visage commode à lui prêter.

Une réserve s’impose pourtant. Elle renforce la démonstration au lieu de l’affaiblir.

Le solde des retraites dépend de la convention retenue pour les régimes de la fonction publique, que l’État équilibre en tant qu’employeur.

Selon les conventions comptables, le déficit 2025 se situe entre 8 et 17 milliards d’euros. Même dans l’hypothèse la plus sévère, les retraites expliquent à peine un neuvième du déficit public.

Deux affirmations circulent donc comme des évidences, et aucune ne résiste aux chiffres.

La première soutient que les retraites ont provoqué l’explosion de la dette : l’arithmétique la dément.

La seconde prétend que la France redressera ses comptes sans jamais toucher aux pensions : elle se heurte au vieillissement démographique. Le COR projette un déficit de 6,8 milliards d’euros en 2030, puis de 0,9 point de PIB en 2045.

Deux slogans. Deux impasses.

Le véritable basculement se joue dans la méthode. Réformer les retraites isolément revient à repeindre une façade pendant que les fondations travaillent.

Le redressement exige un mouvement d’ensemble. Réformer l’État, pour que chaque euro dépensé produise un service mesurable. Améliorer le taux d’emploi, pour que davantage d’actifs financent la solidarité. Relancer la croissance, seul moteur capable d’élargir durablement l’assiette des recettes.

Sans ces trois chantiers, aucune réforme des pensions ne suffira à redresser les finances publiques.

Reste une exigence de rigueur. Avant de répartir les responsabilités au milliard près, il faut mesurer précisément le coût budgétaire net des retraites publiques. Un pays qui veut trancher doit d’abord compter. L’inventaire précède le verdict.

Les retraites ne sont pas la cause de notre faillite budgétaire. Elles sont devenues l’alibi commode d’un État qui refuse d’examiner l’ensemble de ses dépenses.

UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.

Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.

Paul Corey