France : la troïka arrive
À force de repousser l’effort, les forts de la troïka vont s’en occuper. À nos frais.,

La troïka, c’est le surnom du trio de créanciers qui a pris en charge le sauvetage de la Grèce, puis de l’Irlande, du Portugal et de Chypre, pendant la crise de la zone euro à partir de 2010 :
La Commission européenne, qui représentait les États de la zone euro prêteurs.
La Banque centrale européenne (BCE), garante de la stabilité de l’euro.
Le Fonds monétaire international (FMI), qui apportait son expertise des pays en faillite et une partie des fonds.
En échange de prêts massifs (environ 290 milliards d’euros pour la Grèce, sur trois plans), la troïka impose des « mémorandums » : une liste précise de réformes et de coupes budgétaires. Il y a des baisses des pensions et des salaires publics, des hausses d’impôts, des privatisations et des réformes du marché du travail.
Ensuite, les experts viennent régulièrement vérifier l’application des mesures. Le versement de chaque tranche d’argent dépend de ces contrôles.
Le mot est devenu synonyme de tutelle. Pendant des années, les grandes décisions budgétaires se prennent avec les créanciers, et non plus au seul Parlement.
La France se croit trop grosse pour finir comme la Grèce. C’est justement ce qui la pousse vers la même pente. Chaque jour, 400 millions d’euros de dette en plus, dans l’indifférence générale.
Le 29 septembre, l’Insee a publié le chiffre : 3 595 milliards d’euros de dette publique. 119 % de tout ce que le pays produit en un an.
Depuis 2017, la France a ajouté 1 364 milliards à l’ardoise. Plus de 400 millions par jour. Chaque jour. Week-ends compris. Et personne ne bouge.
En mai 2010, la Grèce appelle au secours la troïka : la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI. Sa dette atteint alors 128,5 % de son PIB. Le pays perd la main sur son budget, ses retraites, ses salaires publics. D’autres décident pour lui. En quelques années, les Grecs voient fondre un quart de leur richesse nationale. Les pensions sont amputées, les fonctionnaires licenciés, la jeunesse diplômée part travailler ailleurs.
La France roule vers ce chiffre. Au rythme actuel, elle y arrive en 2030. Peut-être dès 2028. Autant dire demain matin, à l’échelle d’un pays. Sans crise, sans guerre, sans krach : simplement en continuant comme aujourd’hui.
On nous répète que la France n’a rien à voir avec la Grèce. Athènes avait truqué ses comptes : un déficit annoncé à 3,7 %, réel au-delà de 15 %. Paris publie des chiffres honnêtes. Paris est trop gros pour tomber. La Banque centrale européenne ne laissera jamais sombrer la deuxième économie de la zone euro. Tout cela est vrai.
Et c’est exactement le problème.
Cette protection a endormi le pays. Un gouvernement qui sait qu’on le rattrapera toujours n’a aucune raison de freiner. Le filet de sécurité est devenu hamac.
On dépense parce qu’on peut. On emprunte parce qu’on nous prête. On reporte parce que l’échéance paraît lointaine. Le dernier budget à l’équilibre date de 1974. Gauche, droite, centre : tous ont signé.
L’échéance se rapproche pourtant. Elle a un prix.
Les intérêts de la dette coûtaient 53,5 milliards à l’État en 2025. Ils dépasseront 70 milliards en 2027, 90 milliards en 2029, puis approcheront 100 milliards vers 2030. Ce sera alors le premier poste du budget. Devant l’école. Devant la défense. Devant tout.
L’argent des Français ira d’abord payer les prêteurs, avant le moindre professeur, le moindre soldat, le moindre lit d’hôpital.
Cette facture a un visage très concret. Elle se paiera en impôts, en services publics dégradés, en pensions rognées. La Grèce l’a appris dans la douleur, et la France connaît la leçon.
Elle choisit simplement de ne pas l’écouter.
Il reste une différence, et elle est décisive : la France peut encore choisir. Trois décisions suffisent à reprendre la main.
Baisser réellement la dépense publique, et le dire franchement aux électeurs.
Graver une trajectoire sur cinq ans que nul gouvernement ne pourra défaire au premier sondage.
Et surtout, exiger en 2027 un mandat clair, voté pour trancher, au lieu d’une énième promesse de tout repousser.
Car un pays perd rarement sa liberté en une nuit. Il la perd à petites doses, 400 millions par jour, pendant que ses dirigeants regardent ailleurs.
La France a encore le choix de la rigueur. Bientôt, elle n’aura plus que le choix du tuteur.
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Paul Corey