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Les richesses naissent de la liberté d’entreprendre des idées

La liberté des idées et le respect de ceux qui les entreprennent...

Les richesses naissent de la liberté d’entreprendre des idées

Pendant deux siècles, les économistes ont cherché la richesse dans les machines et le capital. Elle était dans le regard porté sur ceux qui créent.

En 1800, l’humain moyen vit avec 3 dollars par jour, comme sous César. En 2026, plus de 100 dollars dans les pays développés. Multiplication par trente en huit générations, après cent mille ans de stagnation.

Aucune théorie classique n’explique l’explosion. Smith invoque la division du travail, Marx l’accumulation du capital. Les manuels enseignent : épargne, investissement, croissance.

L’énergie fossile a ses défenseurs. Mais le charbon a toujours existé. Reste le moteur. Un corps humain fournit 100 watts ; un baril de pétrole libère 4,5 années de travail manuel. Le moteur est une vraie invention. Newcomen, son créateur en 1712, était quincaillier. Watt, qui le perfectionne en 1769, fabricant d’instruments. Deux hommes ordinaires, dans le seul pays où un artisan pouvait breveter, s’enrichir et être honoré pour cela.

En 1957, Robert Solow (MIT, Nobel 1987) décompose la croissance américaine : capital et travail n’expliquent qu’un huitième des gains de productivité. Sept huitièmes restent inexpliqués.

En 1990, Paul Romer (Stanford, Nobel 2018) tranche : les idées, contrairement aux machines, se partagent sans s’épuiser. Une formule sert partout, pour toujours. Le capital rétrograde au rang d’intendance.

Restait le pourquoi. Deirdre McCloskey (Chicago puis Illinois) répond en 1 700 pages, entre 2006 et 2016 : le déclencheur fut culturel. Vers 1700, en Hollande puis en Angleterre, l’entrepreneur — négociant, inventeur, améliorateur — cesse d’être un parasite. L’innovation n’attendait pas des financements mais une permission.

Joel Mokyr (Northwestern, Nobel 2025) documente une République des Lettres de 1 200 savants qui s’écrivent, testent, publient.

La contre-épreuve existe. La Chine des Ming avait le capital, les institutions, la technique, le charbon exploité dès le XIe siècle. Elle méprisait ses ingénieurs et honorait ses mandarins. Elle stagne quatre siècles.

En Corée, à Singapour, l’État a fait l’inverse, de ses industriels des héros nationaux. La dignité entrepreneuriale peut être décrétée autant que spontanée.

Par contre, quand l’entrepreneur redevient suspect, l’enrichissement ralentit.

La démonstration continue. La prospérité naît le jour où une société accorde à chacun la liberté d’essayer une idée nouvelle et le respect de l’avoir tentée.

Ainsi, en 1957, en Californie, huit ingénieurs quittent leur patron pour fonder Fairchild. De cette permission de partir sortent Intel, le capital-risque, l’IA : plus de 100 milliards de dollars investis par an aux États-Unis, dix fois moins en Europe. Un point juridique d’importance doit être rappelé : la Californie interdit les clauses de non-concurrence depuis 1872. Un ingénieur peut partir lundi et concurrencer son ex-employeur mardi. Le Massachusetts, qui les autorisait, avait dans les années 1970 un pôle technologique équivalent: la Route 128. Mais il a perdu la course.

Bruxelles, elle, préfère réguler l’innovation et surveiller les idées… avant de les construire : l’AI Act de 2024 encadre un secteur dont l’Europe ne détient aucun des dix premiers acteurs. Aucune entreprise européenne créée depuis cinquante ans ne dépasse 100 milliards de capitalisation.

Ainsi, deux cents ans d’économie aboutissent à une “idée mère” à répéter avant toutes les autres.

La prospérité naît de la liberté des idées et du respect de ceux qui les entreprennent. Elle meurt dès qu’une société retire l’un ou l’autre.

Paul Corey