LFI = FMI
Et si le programme le plus épais de France était aussi le plus vide ?

Le 29 juin, une cinquantaine de dirigeants de Dassault, Renault ou Thales ont dîné à huis clos avec Jean-Luc Mélenchon, à l’invitation de France Industrie. Nul ne sait ce qui s’est dit. Peu importe : le véritable débat est imprimé noir sur blanc dans L’Avenir en commun, 831 mesures, le programme le plus volumineux de la vie politique française.
Et peut-être celui qui accorde le moins de place à la seule question qui compte : comment créer la richesse avant de la distribuer ?
Premier pilier : la planification écologique. L’État déciderait quoi produire, où, quand et en quelle quantité. C’est ce que prétendaient savoir tous les grands planificateurs du XXe siècle. Aucun n’a réussi. Les marchés se trompent parfois ; ils corrigent leurs erreurs parce que les prix, les profits et les pertes leur servent de boussole. Une administration avance sans aucun de ces signaux. Lorsqu’elle se trompe, elle persévère. Jusqu’à la pénurie.
Deuxième pilier : « gouverner par les besoins ». Un besoin économique existe lorsqu’un individu choisit librement d’y consacrer son argent. Dès qu’une commission décide à sa place, le besoin cesse d’être économique. Il devient politique. L’arbitrage passe du consommateur au pouvoir.
Troisième pilier : orienter les entreprises par la commande publique. Le client s’efface derrière le ministre. Les contrats récompensent l’alignement davantage que la compétitivité. L’entreprise conserve son actionnariat privé et cède son indépendance à son premier donneur d’ordres.
Quatrième pilier : nationaliser. Changer le propriétaire d’une entreprise ne crée ni un brevet supplémentaire, ni un client de plus, ni un kilogramme d’acier meilleur marché. Les pertes restent les mêmes ; elles changent simplement de contribuable.
Cinquième pilier : redistribuer davantage. Hausse des salaires, baisse du temps de travail, blocage des prix. Une seule question suffit : redistribuer quoi ? Sans gains de productivité, sans investissement, sans innovation, un décret ne produit aucune richesse supplémentaire.
À ce stade, l’équation apparaît. LFI = FMI. Les parcours diffèrent, l’issue converge. D’un côté, les promesses. De l’autre, l’addition.
L’histoire a déjà rendu son verdict. L’Union soviétique a accumulé les pénuries avant de s’effondrer. L’Allemagne de l’Est a vu fuir près de trois millions d’habitants avant d’ériger un mur en 1961. Cuba rationne l’alimentation depuis 1962. Le Venezuela, assis sur les plus grandes réserves pétrolières du monde, a combiné contrôle des prix, nationalisations et création monétaire : son PIB s’est contracté de 75 % entre 2013 et 2021, et près de huit millions de citoyens, un quart de la population, ont quitté le pays.
Les contextes changent, le mécanisme demeure. Lorsqu’un pouvoir politique prétend remplacer les millions de décisions quotidiennes des consommateurs, des entrepreneurs et des investisseurs, les capitaux fuient, les erreurs s’accumulent et la création de richesse s’étiole. Une entreprise qui se trompe disparaît. Un État qui se trompe emprunte. Voilà pourquoi les erreurs publiques coûtent presque toujours plus cher que les erreurs privées.
Voilà ce que savaient les convives du 29 juin. Aucun ministre ne connaît mieux les besoins de soixante-dix millions de Français que soixante-dix millions de Français eux-mêmes. L’économie ressemble à la gravité : on peut la nier, jamais s’y soustraire.
En 2027, la question n’est plus de savoir comment distribuer la richesse. Elle est de savoir qui la créera encore.
Paul Corey