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Pourquoi l’école décroche ? (1/7)

Édito WOW! - 3 août 2026

Pourquoi l’école décroche ? (1/7)

Il fut un temps où l’école primaire française servait de modèle au monde. Ses instituteurs étaient les hussards noirs d’une République qui avait fait de l’instruction sa religion civile. Ces temps sont révolus.

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Les chiffres sont accablants. On préfère généralement les regarder un par un, jamais ensemble. En 2022, PISA inflige à la France sa plus forte chute jamais enregistrée : 21 points perdus en mathématiques, 19 en compréhension de l’écrit. C’est une fois et demie la baisse moyenne de l’OCDE en mathématiques, près du double en compréhension de l’écrit.

Dans TIMSS 2023, les élèves français de CM1 terminent derniers de l’Union européenne en mathématiques.

Et sur le temps long, le verdict le plus cruel tient en une dictée : le même texte, donné aux mêmes CM2 à trente-quatre ans d’écart, est passé de 10,7 fautes en 1987 à 19,4 en 2021.

Face à la classe, ceux qui tiennent le front sont aussi en souffrance.

Les concours enseignants ne font plus le plein : 3 185 postes non pourvus sur 27 589 ouverts en 2024, dont environ 1 350 pour le seul concours de professeur des écoles.

Un professeur des écoles gagne 10 % de moins que la moyenne de l’OCDE en début de carrière, et 19 % de moins après quinze ans d’ancienneté.

Les classes du primaire comptent 18 élèves par enseignant contre 13 dans l’Union européenne.

Et les enseignants français sont parmi ceux d’Europe qui déclarent le moins bénéficier de formation continue.

Les causes de ce décrochage sont multiples.

Les salaires et l’attractivité du métier. Les méthodes, qui ont valsé au rythme des ministres sans jamais être évaluées. Les inégalités sociales, dont PISA fait de la France l’une des championnes du déterminisme. La concentration, dans certains établissements, d’élèves confrontés à de fortes difficultés linguistiques et sociales. Chacune mériterait sa série.

Mais ces difficultés sont connues, documentées, débattues chaque semaine dans le débat public.

Il en est une cinquième dont on ne parle jamais qu’avec révérence, parce qu’elle porte l’habit du progrès.

La place des nouvelles technologies dans la salle de classe ?

C’est elle, et elle seule, que cette série va explorer parce qu’elle est la seule qu’on n’ose pas vraiment mettre en examen, tant la réponse semble évidente. Il faut apprendre a nos enfants à utiliser ces technologies sinon ils seront déclassés.

Ainsi, depuis quarante ans, l’école française a accueilli chaque vague technologique avec la même ferveur : les ordinateurs Thomson du plan Informatique pour tous en 1985, les tableaux interactifs, les tablettes par centaines de milliers, et demain probablement l’IA. Quoique la préférence est plus tournée vers le matériel que les usages…

Sur la période 2013-2017, selon la Cour des Comptes plus de deux milliards d’euros ont ainsi été dépensés. Le constat de la même Cour qui devrait figurer au fronton de chaque salle des professeurs est sans appel : un « concept sans stratégie ». Des milliards dépensés, aucune évaluation d’impact sur les apprentissages. Et des courbes de résultats qui, sur la même période, n’ont fait que descendre.

Alors, cinq jours durant, nous poserons cinq questions faussement naïves, celles que la technologie elle-même souffle à l’oreille de nos enfants.

À quoi bon écrire, quand le téléphone portable transcrit ?

À quoi bon lire, quand le podcast et la vidéo racontent si bien ?

À quoi bon compter, quand la calculatrice hier, le portable aujourd'hui calcule si vite?

À quoi bon penser, quand l’IA imite si bien le raisonnement humain ?

À quoi bon étudier au final (en particulier mémoriser des connaissances) quand tout ces technologies font le job ?

Pour chacune de ces cinq questions, nous ferons appel à ce que les neurosciences ont établi de plus solide. Et au septième jour, nous proposerons une ébauche de stratégie, de loi: simple, concrète, applicable et que presque personne n’a encore formulée pour mieux penser la place des nouvelles technologies dans le système éducatif national. Le débat est ouvert.

Depuis Jules Ferry, le programme de l’école républicaine débute avec le tryptique « lire, écrire, compter » comme condition d’un citoyen autonome, capable de s’informer et de ne pas dépendre d’autrui pour comprendre un contrat, un journal, un bulletin de vote.

Demain : à quoi bon lire, avec les images, les podcasts, les vidéos ?

Paul Corey