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Ludwig von Mises

Il a démontré que le prix n'était pas un coût mais une information.

Ludwig von Mises

Il a consacré sa vie à démontrer qu’un régime peut tout planifier, sauf l’information qui rendrait la planification possible.

Ludwig von Mises naît en 1881 à Lemberg, capitale de la Galicie austro-hongroise, aujourd’hui Lviv en Ukraine. Famille juive de la bourgeoisie d’Empire. Il monte à Vienne, obtient en 1906 son doctorat en droit et sciences politiques. Il rejoint l’école autrichienne d’économie (courant fondé par Carl Menger en 1871, qui explique les prix par les jugements subjectifs des individus plutôt que par les coûts de production).

En 1912, à trente et un ans, il publie The Theory of Money and Credit. Il applique à la monnaie la théorie de la valeur marginale et en tire une explication des crises. Quand les taux d’intérêt sont abaissés artificiellement et que le crédit dépasse l’épargne réelle, les entrepreneurs reçoivent de faux signaux. Ils investissent dans des projets que les ressources ne soutiendront pas. La correction arrive toujours.

En 1920 paraît l’article qui fera sa réputation : Economic Calculation in the Socialist Commonwealth. L’argument tient en trois maillons. Sans propriété privée des moyens de production, pas de marché pour ces biens ; sans marché, pas de prix ; sans prix, aucun moyen rationnel de trancher entre un pont en acier et un pont en béton.

Le socialisme ne concentre pas seulement le pouvoir : il détruit l’information.

La thèse devient le cœur de Socialism en 1922 et déclenche l’un des grands débats du siècle. Oskar Lange (économiste polonais, futur planificateur de la Pologne populaire) soutient qu’un bureau central peut simuler les mécanismes du marché.

Mises, puis Friedrich Hayek (son cadet viennois, prix Nobel 1974), répondent que les prix émergent de millions de décisions dispersées, dont nul ne détient la totalité.

Il n’est pas un universitaire installé. À Vienne, il travaille pour la Chambre de commerce et anime dans son bureau un séminaire privé où passent Hayek, Fritz Machlup et Gottfried Haberler (deux économistes autrichiens qui feront carrière aux États-Unis). Juif et adversaire déclaré du nazisme, il quitte l’Autriche en 1934 pour Genève.

En 1940, la France s’effondre. Il fuit l’Europe avec son épouse Margit. Il a cinquante-neuf ans.

À New York, il enseigne à New York University à partir de 1945. Son poste est financé par des donateurs privés, pas par l’université. En 1947, il rejoint au Mont-Pèlerin Hayek, Milton Friedman, Karl Popper et Maurice Allais pour fonder une société de défense du libéralisme face à la planification alors dominante. Il en occupe aussitôt l’aile la plus intransigeante.

En 1949, à soixante-huit ans, il publie Human Action. Il y expose sa praxéologie : une théorie générale de l’action humaine, où l’économie découle d’un fait unique, l’homme choisit des moyens rares pour des fins incertaines.

L’entrepreneur y occupe le centre parce qu’il risque son capital sur ce que voudront les autres. L’État, lui, enclenche des chaînes : contrôle des prix, pénurie, rationnement, nouveaux contrôles.

Il meurt à New York le 10 octobre 1973, à quatre-vingt-douze ans, en marge de l’économie universitaire dominante et bien moins célèbre que John Maynard Keynes, dont les thèses interventionnistes structurent alors les politiques occidentales.

Le Nobel de Hayek, un an plus tard, ouvre la réhabilitation. L’école autrichienne renaît juste après sa disparition.

Ainsi, la question de Mises n’était pas de savoir si l’État planifie bien ou mal, mais s’il peut seulement planifier : supprimer le marché, c’est éteindre l’instrument qui fabrique la connaissance dont la planification a le plus besoin.

Paul Corey