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Macron 2017–2026 : l’inventaire des grandes reculades

Dix ans de réformes abandonnées ou inabouties, de revirements multiples pour un effondrement politique sans précédent.

Macron 2017–2026 : l’inventaire des grandes reculades

Pour établir un inventaire sérieux des deux quinquennats d’Emmanuel Macron, il faut distinguer les renoncements purs et simples, les réformes vidées de leur substance, les promesses non tenues et les décisions imposées par les circonstances.

Cette distinction est importante : abandonner une réforme sous la pression de la rue n’est pas la même chose que manquer un objectif économique ou reporter une promesse faute de majorité.

1. LES RECULS ET ABANDONS LES PLUS NETS

2018 — NOTRE-DAME-DES-LANDES

Abandon du projet d’aéroport malgré les décisions antérieures favorables à sa réalisation.

2018 — TAXE CARBONE

Suspension puis abandon de la trajectoire de hausse face aux Gilets jaunes.

2019 — 120 000 FONCTIONNAIRES EN MOINS

Abandon de l’objectif de suppression de postes annoncé en 2017.

2019 — RÉFORME CONSTITUTIONNELLE

Abandon du grand projet de transformation des institutions.

2019–2022 — PROPORTIONNELLE AUX LÉGISLATIVES

Engagement de réforme électorale non réalisé.

2020 — RETRAITE UNIVERSELLE PAR POINTS

Projet suspendu pendant la pandémie, puis abandonné dans sa forme initiale.

2021 — CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT

Nombreuses propositions écartées, modifiées ou atténuées.

2022 — RÉDUCTION DES DÉPARTEMENTS

Abandon de l’objectif de suppression d’au moins un quart des départements.

2026 — RETRAITE À 64 ANS

Suspension de la réforme de 2023 dans le cadre des négociations budgétaires.

2026 — BAISSE DES IMPÔTS DE PRODUCTION

Nouvelle remise en cause du calendrier de suppression de la CVAE.

2026 — PARCOURSUP

Annonce de son remplacement en 2028, après la mobilisation lycéenne.

2. LES GRANDES PROMESSES RESTÉES INABOUTIES

15 000 PLACES DE PRISON SUPPLÉMENTAIRES

Promises dès 2017, elles devaient contribuer à résorber la surpopulation carcérale. Neuf ans plus tard, seules 5 531 places nettes ont été créées.

100 % DES OQTF EXÉCUTÉES

Objectif de reconduite des étrangers en situation irrégulière très loin d’être atteint.

SORTIE DU GLYPHOSATE

L’engagement d’une sortie rapide n’a pas été réalisé.

GRANDE LOI SUR LA DÉPENDANCE

La réforme globale du grand âge promise en 2018 n’a pas abouti sous la forme annoncée.

REVENU UNIVERSEL D’ACTIVITÉ

Le grand projet de fusion et simplification des prestations sociales a été abandonné.

AUTONOMIE DES UNIVERSITÉS

Les ambitions initiales de transformation n’ont été que partiellement réalisées.

NOUVEAUX DROITS AU CHÔMAGE

L’ouverture aux démissionnaires et indépendants s’est révélée plus restrictive que les annonces initiales.

3. LES REVIREMENTS DE DOCTRINE

LE NUCLÉAIRE

Emmanuel Macron avait initialement poursuivi la réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique, avant d’engager en 2022 une relance de la construction de réacteurs.

Il s’agit d’un changement stratégique majeur, que ses défenseurs justifient par les enjeux de souveraineté énergétique.

L’ÉCOLOGIE

Le pouvoir a progressivement assoupli ou remis en cause plusieurs dispositifs, notamment les zones à faibles émissions et certaines restrictions concernant l’agriculture et l’artificialisation des sols.

LA POLITIQUE DE L’OFFRE

Les concessions budgétaires de 2026, notamment la prolongation de surtaxes sur les grandes entreprises et les reports de baisses d’impôts de production, ont remis en question une orientation économique centrale depuis 2017.

4. LE NAUFRAGE DE DEUX QUINQUENNATS

Emmanuel Macron avait promis de transformer la France, de moderniser l’État et de rompre avec des décennies d’immobilisme. Près de dix ans plus tard, le bilan de ses renoncements est accablant.

À force de promettre sans tenir, de réformer sans aller au bout, de décider puis de reculer, le pouvoir a progressivement perdu son autorité et sa crédibilité.

La rue impose ses conditions, les oppositions dictent leurs exigences, les marchés financiers présentent la facture. Pendant ce temps, la dette explose, les services publics se dégradent et la confiance s’effondre.

Le véritable échec n’est plus celui de quelques réformes abandonnées. C’est celui d’un pouvoir qui a perdu sa capacité à gouverner.

Macron voulait être le président de la transformation. Il risque de rester dans l’histoire comme celui des renoncements.

Paul Corey