MAISON DE RETRAITE : Ce qui a changé

En 1930, les anciens restaient en famille. Aujourd’hui, ils vivent en institution.
En 1930, la maison de retraite n’est pas une structure centrale dans l’organisation de la vieillesse. Les personnes âgées vivent majoritairement chez elles ou au sein de leur famille. L’espérance de vie en France dépasse à peine 60 ans, ce qui limite mécaniquement le nombre de personnes très âgées. Les établissements existent, mais ils sont rares et souvent réservés aux plus démunis. La prise en charge repose d’abord sur les solidarités familiales.
Avec le temps, cette organisation évolue. L’urbanisation et la transformation des modes de vie modifient les équilibres. En 1960, plus de 25 % des ménages sont composés de plusieurs générations, contre moins de 5 % aujourd’hui (INSEE). Les familles se réduisent, les proches vivent plus loin. La prise en charge à domicile devient plus complexe, et l’accueil en établissement se développe.
Parallèlement, l’espérance de vie augmente fortement. Elle atteint aujourd’hui environ 82 ans en France, et dépasse 85 ans pour les femmes. Le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans a été multiplié par plus de 4 depuis 1980. Cette évolution s’accompagne d’une hausse de la dépendance : environ 1,3 million de personnes âgées sont aujourd’hui en perte d’autonomie (DREES).
Les établissements se transforment alors. Les maisons de retraite deviennent des structures médicalisées. On compte aujourd’hui environ 7 500 EHPAD en France, accueillant près de 600 000 résidents. L’âge moyen d’entrée est d’environ 85 ans, et plus de 80 % des résidents présentent des pathologies lourdes ou des troubles cognitifs.
Dans le même temps, leur rôle change de perception. Là où elles étaient associées à l’assistance, elles deviennent un élément central du système médico-social. Pourtant, seuls environ 8 % des plus de 75 ans vivent en institution, la majorité restant à domicile, souvent avec des aides.
Le financement devient un enjeu majeur. Le coût moyen d’une place en EHPAD est d’environ 2 000 à 3 000 € par mois, avec des écarts importants selon les établissements (publics, privés, zones géographiques). Une partie est prise en charge par les aides publiques, mais le reste à charge moyen pour les familles dépasse souvent 1 800 € par mois.
Le fonctionnement de ces établissements se complexifie. Ils mobilisent environ 430 000 professionnels en France. Le taux d’encadrement reste un point de tension : on compte en moyenne 0,6 à 0,7 personnel par résident, contre plus de 1 dans certains pays d’Europe du Nord. Les difficultés de recrutement et les conditions de travail sont régulièrement signalées.
Les attentes évoluent également. Les résidents et leurs familles attendent des soins, mais aussi du confort et du lien social. Or, environ 40 % des résidents déclarent se sentir régulièrement seuls (études DREES / Défenseur des droits), ce qui souligne les limites du modèle actuel.
Les crises récentes mettent en lumière les fragilités du système. Lors de la pandémie de Covid-19, les EHPAD ont été particulièrement touchés : près de 35 000 décès de résidents ont été enregistrés en France entre 2020 et 2022. Ces événements ont renforcé le débat sur l’organisation, les moyens et la qualité de prise en charge.
Peu à peu, la maison de retraite passe d’une solution marginale à un élément structurant de la prise en charge du vieillissement. Elle répond à une transformation démographique majeure : d’ici 2050, le nombre de personnes de plus de 85 ans pourrait atteindre plus de 4 millions en France, soit presque le double d’aujourd’hui.
Là où la vieillesse relevait principalement de la sphère privée, elle est devenue une responsabilité collective… et un défi croissant.
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Paul Corey