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Mandat 2027 : pas encore de mandat en vue (5/7)

Huit sont hors sujet. Sept restent. Six nomment la dette, trois refondent le modèle social, deux tiennent une trajectoire chiffrée et recevable. Aucun n’en est encore à demander un vrai mandat.

Mandat 2027 : pas encore de mandat en vue (5/7)

Huit sortent de l’entonnoir. Sept restent. Six nomment la dette, trois refondent le modèle social, deux tiennent une trajectoire. Aucun n’en est encore à demander un vrai mandat.

Quinze candidats passés à la même grille. Huit opposent une autre théorie ou ajournent la leur. Sept restent. Six comprennent que la dette commande la décision, trois refondent le modèle social au-delà des retraites, deux tiennent une trajectoire vers 3 %. Aucun ne demande encore aux Français l’autorisation d’exécuter.

La campagne qui s’ouvre sera la plus lucide depuis quarante ans. En l’état, elle produira, à nouveau, un président sans mandat. Les diagnostics circulent, les chiffres sortent, les payeurs commencent à être désignés. Ce qui manque tient dans un seul geste, et ce geste coûte une élection à celui qui l’accomplit.

Commençons par ce que ces quinze veulent. Quatre positions se dégagent.

Le sursaut réunit Philippe, Le Maire, Attal, Retailleau. Tous les quatre datent le problème, désignent des payeurs, acceptent de perdre quelque chose. Philippe a proposé 67 ans après avoir retiré l’âge pivot en 2020. Le Maire remonte la chaîne causale jusqu’à 1981, et s’arrête juste avant lui-même. Attal a pensé la machine mieux que quiconque, puis a suspendu lui-même, le 30 juin 2024, la publication d’un décret prêt à paraître. Retailleau a fait de la volonté une doctrine, et fait payer l’État seul.

La rupture réunit Le Pen, Zemmour, Ciotti. Le prix est réel. Zemmour a demandé les 64 ans quand une grande partie de son camp politique défendait l’inverse. Ciotti redit en août qu’il faudra travailler plus longtemps, contre la candidate qu’il soutient. Le Pen a inscrit la règle d’or dans son projet après l’avoir dénoncée comme une chape de plomb en 2012. Trois efforts réels, demandés à leurs propres électeurs. Mais chacun cherche ensuite le payeur au même endroit, hors du cercle : l’étranger, l’agence, la contribution européenne. Ils changent qui a droit. Ils ne changent pas ce qui coûte.

Le refus réunit Mélenchon, Tondelier, Glucksmann, Lisnard, Faure. Chacun oppose une théorie cohérente qui rend le sursaut impossible de l’intérieur. Tondelier tient que la “concentration” est la maladie, donc elle fragmente. Mélenchon a préparé le lendemain d’une victoire, et propose d’effacer six cent trente-six milliards de dette détenue par la Banque de France. Glucksmann veut la puissance sans la verticalité. Lisnard demande le pouvoir pour le rendre. Faure date la panne de 2017 et propose de réparer. Ce sont des réponses adverses plutôt que des lacunes.

Le report réunit Bertrand, Hollande, Royal. Aucun désaccord de fond. Un délai. Bertrand chiffrait la démographie en 2019, et attache une contrepartie à chaque effort. Hollande écrit le devis et attend décembre pour passer commande. Royal fixe l’ordre dans lequel les vérités seront dites. Ils savent. Ils placent un délai entre ce qu’ils savent et ce qu’ils soumettent.

Huit sortent donc de l’entonnoir. Sept restent, et c’est sur eux que la grille travaille.

Quatre marches conduisent d’un diagnostic à un mandat, et chacune suppose la précédente. Nommer la dette comme la contrainte qui commande la décision. Refonder le modèle social entier plutôt que sa portion visible. Chiffrer une trajectoire crédible et concrète de retour sous les 3 %, avec des hypothèses réalistes. Anticiper l’exécution en demandant l’autorisation avant le vote.

Première marche. Sept arrivent, six passent. Zemmour sort ici : il voit la portée politique de l’endettement, mais fait reposer l’essentiel du désendettement sur les économies qu’il attend de l’immigration et de la réduction du périmètre public.

Deuxième marche. Six arrivent, trois passent. Ici se joue la seule question qui décide de toutes les autres, et la campagne la contourne par le même endroit.

Le bloc social pèse neuf cent quarante milliards par an, près d’un tiers de la richesse produite. Les retraites en font quatre cent trente. Tout le reste — la santé, la famille, le chômage, l’autonomie, le logement, la solidarité — pèse davantage encore, et n’occupe presque jamais le débat. Discuter du seul âge de départ revient à lire une facture en s’arrêtant à la première ligne.

L’arithmétique se passe d’ailleurs de tout arbitrage. Cent milliards de dépenses supplémentaires arrivent d’ici 2032 sur la santé, la solidarité et l’autonomie, sans qu’aucune décision politique n’intervienne, par le seul jeu des âges. Le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie, celui du financement de la protection sociale et la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie convergent sur cet ordre de grandeur, rapport après rapport. Il reste pourtant presque absent du débat présidentiel.

Un candidat peut décider de ne pas toucher au modèle de 1945 mais ne peut pas inverser la démographie. Pour sauver notre modele social, il faut le refonder dans son entièreté. Dans cette campagne, qui le refonde pendant qu’il est encore temps de choisir comment. ?

Trois le font vraiment. Philippe touche au chômage et aux arrêts de travail. Le Maire partage l’assurance maladie entre ce que la nation doit et ce qu’elle ne doit plus. Attal pose une année blanche sur l’ensemble des prestations dès 2028.

Les trois autres s’arrêtent avant. Retailleau redéploie quarante et un milliards plutôt qu’il n’en retire. Le Pen et Ciotti protègent les pensions par principe déclaré, l’une en exonérant les seniors de neuf milliards, l’autre en interdisant d’avance toute désindexation.

Quatre cent trente milliards occupent le débat. Tout le reste du bloc social pèse plus lourd et reste hors champ. Depuis quinze ans, la France discute de la partie la plus visible de son modèle comme si elle en constituait le tout.

Troisième marche. Trois arrivent, deux passent. Philippe ramène le déficit de plus de 5 % à 2 % et soumet la règle d’or au référendum. Attal chiffre cent vingt à cent cinquante milliards d’économies et vise zéro déficit en 2037. Le Maire décrit la mort lente sans publier, à ce stade, un pourcentage assorti d’une date.

Quatrième marche. Deux arrivent. Aucun ne passe.

Quinze, sept, six, trois, deux, aucun. L’état réel de la campagne tient dans six nombres.

Reste à dire ce qu’est un mandat, puisque personne n’en demande.

Un mandat se distingue d’un programme comme une commande se distingue d’un devis. Le devis chiffre, détaille, engage celui qui le rédige. La commande engage celui qui la passe. Un candidat produit le premier tout seul. Le second lui vient des électeurs, ou ne lui vient pas.

Quatre conditions le constituent, et elles se remplissent toutes avant le vote. Les mesures essentielles écrites, chiffrées, avec ceux qui en supporteront le coût. Le véhicule juridique de chacune, loi, ordonnance ou référendum. Les responsables de l’exécution annoncés, à commencer par le Premier ministre et l’équipe qui tiendra les administrations concernées. Et la liste de ce que le candidat tiendra pour non négociable une fois élu.

L’élection donne le pouvoir de gouverner. Le mandat donne l’autorisation d’exécuter ce qui a été annoncé.

Ce n’est pas une élégance démocratique. C’est ce qui fait tenir une réforme le jour où la rue, le Conseil constitutionnel, le Sénat et la presse contestent en même temps.

Un gouvernement qui a demandé répond qu’il a demandé. Un gouvernement qui n’a rien demandé négocie, recule, puis finit par vider son propre texte. La France connaît cette séquence par cœur.

Aucun des quinze n’en est encore à demander un vrai mandat.

Un précédent s’en approche. Le 19 septembre 1993, cinq semaines avant le scrutin canadien, les libéraux publient un document de cent douze pages, chiffré, portant une cible explicite : ramener le déficit fédéral à 3 % du produit intérieur brut à la fin de la troisième année du mandat. Chrétien obtient sa majorité, Paul Martin dépasse la cible, et le gouvernement est reconduit en 1997. L’autorisation demandée était pourtant partielle : les coupes décidées en 1995 sont allées bien au-delà du texte soumis aux électeurs.

Une autorisation partielle a suffi à faire tenir un redressement. Aucun candidat français n’en demande encore autant.

L’autorisation se fabrique. Elle ne se découvre pas au soir du second tour.

Ce que ces quinze pratiquent porte un nom : la campagne à crédit. Chacun emprunte aujourd’hui une autorité qu’il demandera plus tard, en comptant sur la victoire pour couvrir la traite. À ce stade, hormis Le Pen, aucun n’a nommé son Premier ministre.

Est-ce bien normal de demander aux français de voter pour un Président et son programme, avec les pouvoirs exceptionnels que lui confère la Veme République, sans connaître a l'avance le chef de gouvernement qu’il choisira pour mettre en oeuvre son programme ?

Aucun n’a identifié qui tiendra les administrations chargées d’exécuter. Aucun n’a publié la liste de ce qu’il tiendrait pour non négociable une fois élu.

Trois gestes conduisent au mandat. Ils se posent tous avant le vote. Publier mesure par mesure ce qui esrmt non négociable, avec le véhicule juridique de chacune. Nommer le Premier ministre et l’équipe chargée de l’exécution, avant le second tour plutôt qu’après. Faire signer aux partenaires d’une coalition les renoncements qu’ils accepteront avantle jour du premier budget, devant témoins.

Un candidat qui accomplit ces trois gestes perd des voix. C’est exactement à cela qu’on le reconnaît. Et c’est précisément pour cela qu’il mérite que le peuple lui passe commande, lui donne mandat.

Quinze candidats sollicitent notre bulletin. Nous voulons passer commande à l'un ou l’une d’entre eux. Les meilleurs candidats sauront combler cet écart.

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Paul Corey