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Mohammed ben Zayed Al Nahyane

Vingt ans dans l’ombre. Jamais élu. Et pourtant, il redessine le Moyen-Orient...

Mohammed ben Zayed Al Nahyane

Le fils du père fondateur des Émirats Arabes Unis a gouverné vingt ans dans l’ombre avant de prendre officiellement le titre. Il redessine le Moyen-Orient sans jamais apparaître dans une élection.

Né le 11 mars 1961 à Al-Aïn, alors encore les États de la Trêve sous protectorat britannique, Mohammed ben Zayed est le troisième fils du cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, fondateur et premier président de la fédération des Émirats arabes unis. Sa mère, Fatima bint Mubarak, est la troisième épouse de Zayed — un détail dynastique qui compte dans un système où la succession se joue entre frères de mères différentes.

Il a dix-huit frères. Enfant, son père l’envoie au Maroc pour y forger son caractère : il travaille plusieurs mois comme serveur dans un restaurant de Rabat. Leçon de vie. En 1979, il intègre l’Académie royale militaire de Sandhurst, en Grande-Bretagne. Il en sort officier. Il devient pilote de chasse dans la force aérienne émiratie, gravit les échelons jusqu’au grade de général en 2005.

En 1997, il est nommé chef d’état-major des forces armées. En 2004, à la mort de son père, son demi-frère Khalifa devient président. Lui prend le titre de prince héritier d’Abou Dabi. Dès lors, il absorbe les portefeuilles réels : défense, sécurité, politique étrangère, pétrole, planification.

En janvier 2014, Khalifa est frappé d’un AVC. MBZ devient dirigeant de facto sans changer de titre. Il gouvernera huit ans de cette façon — président sans en porter le nom — avant que la mort de Khalifa le 13 mai 2022 ne rende officielle une situation que tout le monde connaissait depuis une décennie.

Sa doctrine se construit autour d’une obsession : l’islam politique est une menace existentielle.

Les Frères musulmans, le Qatar, la Turquie d’Erdogan — même ennemi, noms différents. En 2013, il soutient financièrement et diplomatiquement le coup d’État du général Sissi en Égypte, qui renverse le président élu Mohamed Morsi, issu des Frères. En 2015, il envoie des troupes au Yémen dans la coalition menée par l’Arabie saoudite. Les forces émiraties s’y distinguent par leur efficacité militaire — et par des accusations de torture dans des prisons secrètes documentées par l’ONU et des journalistes d’investigation. En 2017, il est l’architecte principal du blocus du Qatar : toute expression de sympathie envers Doha sur internet est punie de trois à quinze ans de prison aux Émirats. En Libye, il finance Khalifa Haftar contre le gouvernement reconnu par l’ONU, défiant l’embargo des Nations unies.

Son coup diplomatique majeur : les accords d’Abraham de septembre 2020.

Les Émirats normalisent leurs relations avec Israël — premiers du Golfe à le faire depuis les accords de paix jordaniens de 1994. Bahreïn suit. Le Maroc. Le Soudan.

MBZ transforme vingt ans de consensus arabe sur la Palestine en variable d’ajustement géopolitique. En contrepartie, Washington suspend la vente de F-35 à l’Iran. Abu Dhabi reçoit 50 milliards de dollars d’investissements américains.

En 2022, il rencontre Poutine à Saint-Pétersbourg quinze jours après la coupe de production de l’OPEC+, au moment où l’Occident boycotte le forum. Son conseiller diplomatique qualifie la chose de «risque calculé». En 2023, les Émirats arment covertement les Forces de Soutien Rapide au Soudan — une milice accusée de crimes contre l’humanité et d’épuration ethnique au Darfour — sous couverture de l’aide humanitaire du Croissant-Rouge.

Abu Dhabi détient 90 % des réserves pétrolières des Émirats, soit environ 98 milliards de barils. Le fonds souverain Mubadala pèse plus de 300 milliards de dollars.

Manchester City appartient à son demi-frère Mansour. Des enquêtes du parlement européen et de la Premier League pointent des paiements dissimulés liés au club, facilités par le directeur de cabinet du prince héritier de l’époque.

MBZ n’a jamais été mis en cause personnellement.

Ainsi, Mohammed ben Zayed a bâti en vingt ans, sans jamais se soumettre au verdict d’une urne, un État-pivot qui vend du pétrole à l’Occident, des armes aux deux camps des guerres civiles, une normalisation à Israël, et une neutralité calculée à Moscou — prouvant qu’à l’ère de la démocratie triomphante, l’absolutisme bien géré reste le modèle le plus agile du monde

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Paul Corey