Parcoursup : chers lycéens, êtes-vous sûrs de mener le bon combat ?
Exigez une école qui vous prépare à la vie, pas une école qui vous distribue des diplômes.

Les lycéens réclament la fin de Parcoursup. Le gouvernement annonce son remplacement en 2028. Une fois encore, face à la contestation, le pouvoir change l’outil et esquive la seule question qui compte : à quoi sert notre système éducatif ?
Chers lycéens,
Vous avez raison de vouloir réussir. Mais vous vous trompez peut-être de combat. On vous conseille mal, parfois. Gardez votre libre arbitre. Pensez par vous-mêmes.
En 2026, 95,9 % des candidats au baccalauréat général l’ont obtenu. Croyez-vous vraiment que presque tous ont atteint l’excellence, dans des lycées dont vous dénoncez vous-mêmes le manque de professeurs, les classes surchargées et les murs qui se dégradent ?
La massification du bac a ouvert l’accès aux études. C’est un progrès.
Mais elle a un prix que personne ne veut regarder en face : un diplôme que presque tout le monde obtient n’a aucune valeur car il ne distingue personne.
Supprimer la sélection n’efface pas les écarts de niveau. Elle les repousse. À l’université, à l’entrée dans l’emploi, plus tard dans la vie, parfois après des années d’études et de désillusions.
Car la vie, elle, sélectionne. Toujours.
Elle se fiche pas mal des diplômes. Surtout hors de France. Elle récompense les capacités d’écoute, l’énergie, la curiosité, l’envie d’apprendre, l’art de travailler avec les autres, le courage d’entreprendre et de persévérer. Voilà ce que l’école doit vous aider à forger, en plus des savoirs élémentaires.
Voila ce qu’il vous faut exiger: des aptitudes, des compétences. Pas des études supérieures, pas des diplômes.
La sélection n'est pas une menace. C'est une opportunité pour vous orienter au mieux et le plus tôt possible.
Alors exigez mieux qu’une université grande ouverte. Exigez une orientation précoce, exigeante et réversible, fondée sur vos qualités, vos aspirations et les débouchés réels. Exigez la vérité sur ces débouchés. Exigez que l’apprentissage, les métiers techniques et les filières professionnelles soient aussi respectés que les cursus universitaires. Exigez le droit de changer de voie sans passer pour un perdant. Exigez la possibilité d'accéder à une formation de qualité (niveau master) après une première expérience professionnelle à l'âge de 24 -27 ans, comme dans les pays anglo-saxons.
Et surtout refusez qu’on confonde égalité des chances et uniformité des parcours.
L’intelligence artificielle rend cette exigence urgente.
Des métiers disparaissent, d’autres naissent, des compétences perdent leur valeur pendant que d’autres en gagnent. Dans ce monde-là, multiplier les diplômes sans débouchés et prolonger les études pour retarder l’échéance prépare des impasses.
L’IA rend les formations inadaptées plus dangereuses que jamais. Ce qui compte désormais : apprendre à penser, à s’adapter, à créer et à travailler avec ces intelligences nouvelles.
Personne ne vous doit les mêmes études. Chacun de vous mérite les moyens de construire sa propre réussite.
Le pire échec d’un système éducatif consiste à laisser un jeune perdre des années avant de lui dire ce qu’on aurait pu lui expliquer dès le premier jour.
Chers lycéens, ne réclamez pas seulement le droit d’entrer à l’université.
Réclamez surtout celui d’en sortir au plus vite, mais avec un avenir.
UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.
Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.
Paul Corey