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Pouvoir : peut-on diriger la France à 40 ans ?

En général, l'échec des prodiges profite à la droite dure...

Pouvoir : peut-on diriger la France à 40 ans ?

Chancelier d’Autriche à 31 ans, Sebastian Kurz était le plus jeune chef de gouvernement du monde. Quatre ans plus tard, il quittait la politique, rattrapé par les scandales. Emmanuel Macron, plus jeune président de la République française à 39 ans, finit englué dans une crise politique sans issue. Sanna Marin battue en Finlande, Jacinda Ardern épuisée en Nouvelle-Zélande, Gabriel Boric affaibli au Chili : la génération des prodiges promettait le renouveau. Elle a surtout découvert que le pouvoir se conquiert en sprint et s’exerce en marathon.

L’époque les a célébrés. Vienne surnommait Kurz le Wunderwuzzi, l’enfant miracle. Les magazines voyaient en Ardern l’invention d’un leadership empathique, en Marin la modernité scandinave incarnée. Les médias y ont lu la revanche de l’agilité sur la lenteur institutionnelle.

Dix ans plus tard, l’inventaire est cruel.

Kurz, condamné en 2024 pour faux témoignage devant une commission parlementaire, s’est recyclé en conseiller du milliardaire Peter Thiel avant de cofonder une société de cybersécurité avec d’anciens du renseignement israélien. Ardern, partie en avouant ne plus avoir « assez d’énergie », enseigne à Harvard et publie ses mémoires. Marin conseille désormais le Tony Blair Institute, l’icône de la gauche millennial au service du blairisme consultant. Le prodige d’hier finit en produit d’exportation.

Mais le plus troublant n’est pas là. Regardez qui a hérité.

En Autriche, le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, Parti de la liberté d’Autriche, extrême droite nationaliste, anti-immigration, eurosceptique, fondé en 1956, dirigé depuis 2021 par Herbert Kickl) est devenu premier parti du pays dès le scrutin suivant.

En Finlande, les Vrais Finlandais (parti nationaliste-populiste de droite radicale finlandais, fondé en 1995, anti-immigration, eurosceptique et critique des politiques climatiques, dirigé par Riikka Purra depuis 2021) sont entrés au gouvernement.

En Nouvelle-Zélande, une coalition de droite dure a balayé l’héritage Ardern.

Au Chili, Boric a remis en mars l’écharpe présidentielle à José Antonio Kast, nostalgique assumé de l’ordre pinochetiste.

Partout, le renouveau générationnel a servi de sas à la restauration conservatrice. Les prodiges n’ont pas seulement échoué : ils ont déblayé le terrain.

Pourquoi ? Parce qu’ils confondent souvent talent et maîtrise.

Appelons cela le solisme du pouvoir : la conviction qu’une intelligence singulière peut remplacer un collectif aguerri. Macron en offre la version française. Élu pour incarner le renouvellement, il a reconstitué l’un des pouvoirs les plus verticaux de la Ve République, entouré de conseillers issus de sa propre matrice.

Gilets jaunes, retraites, dissolution : moins un manque de vision qu’un manque d’orchestre.

Quand De Gaulle revient aux affaires en 1958, à 67 ans, il rassemble un véritable orchestre. Debré pour le droit, Pinay pour la confiance des marchés, Malraux pour le récit. Il n’aime pas la contradiction, mais il la convoque.

Deux familles de dirigeants se dessinent ainsi : ceux qui s’entourent de fenêtres, ceux qui préfèrent les miroirs.

À l’approche de 2027, la France débattra d’âges et de visages. Le critère décisif est ailleurs : dans la capacité d’un candidat à déléguer son intelligence, à s’effacer derrière plus aguerri que lui.

L’âge du capitaine importe moins que la qualité de l’équipage.

La question n’est plus de savoir à quel âge on peut diriger la France. Elle est de savoir avec qui et quelle équipe…

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Paul Corey