Retraites : les FAITS (1/3)
Le déficit devenu normalité

En 2025, le système de retraite français a affiché un déficit de 5,1 milliards d’euros. Le chiffre paraît presque rassurant face aux 2,4 points de PIB de trou annoncés pour 2070 par le Conseil d’orientation des retraites (Rapport Annuel 2026). C’est précisément ce contraste qui devrait inquiéter : le système ne dérape pas brutalement, il glisse vers un déficit structurel dont personne ne discute plus la trajectoire, seulement la pente.
Le COR vient de changer de boussole démographique. Pendant des années, ses projections reposaient sur une fécondité de 1,8 enfant par femme. Le nouveau scénario de référence retient 1,45 à partir de 2028, révision confirmée par les données récentes de l’Insee. Les gains d’espérance de vie sont eux aussi révisés légèrement à la baisse. Seul le solde migratoire, relevé à 150 000 personnes par an, joue dans l’autre sens et amortit partiellement le choc sur la population active. Mais l’amortisseur ne suffit pas.
Le résultat est une trajectoire en deux temps. À court et moyen terme, la part des dépenses dans le PIB reste quasi stable : 14,1 % en 2025, 14,1 % en 2030, 14,2 % en 2045. Cette stabilité masque un jeu de compensations.
Cette stabilité masque un jeu de compensations : les effets favorables de la nouvelle démographie sont absorbés par deux facteurs inverses, la dégradation de l’environnement économique international et la suspension de la réforme de 2023, dont le coût atteint 1,8 milliard d’euros par an jusqu’en 2032.
Le vrai basculement ne vient pas des dépenses, mais des ressources, qui passeraient de 13,9 % du PIB en 2025 à 12,9 % en 2070. La raison tient au cadre comptable : les régimes de la fonction publique d’État et les régimes spéciaux sont légalement tenus à l’équilibre, et leurs subventions s’ajustent mécaniquement à la baisse de leurs dépenses. Cette mécanique masque une fragilité réelle. Le régime des fonctionnaires d’État ne comptait en 2020 que 1,29 cotisant par retraité, contre 2,05 pour l’ensemble des régimes.
Deux ajustements silencieux absorbent une partie du choc.
L’âge moyen de départ passerait de 63,1 ans à 64,6 ans en 2070, sous l’effet cumulé des réformes successives. Le niveau de vie relatif des retraités reculerait de 100,2 % de celui de l’ensemble de la population en 2023 à 90,3 % en 2070. Ce recul reste relatif, non absolu : le pouvoir d’achat des retraités progresserait encore, mais moins vite que celui des actifs.
Cette évolution appelle une nuance essentielle. La France figure parmi les pays européens où le niveau de vie relatif des seniors est le plus élevé, loyers imputés compris. Le recul projeté ne ramène donc pas les retraités français vers la pauvreté : il referme, progressivement, une exception que peu d’autres pays partagent.
Sur les leviers d’ajustement, trois équipes d’économistes indépendantes ont modélisé les options, avec des résultats convergents. Baisser les pensions ou augmenter les cotisations améliore mécaniquement le solde des retraites, mais pèse sur la consommation, l’investissement et l’emploi, et dégrade en retour les autres recettes publiques.
Le report de l’âge de départ améliore considérablement les perspectives : il accroît l’activité, l’emploi et l’ensemble des recettes fiscales et sociales, au-delà des seules cotisations retraite.
L’analyse de sensibilité confirme un ordre de grandeur souvent sous-estimé.
La productivité du travail pèse plus que la démographie : selon qu’elle progresse de 0,4 % ou 1,0 % par an, le ratio dépenses sur PIB en 2070 oscille entre 16,1 % et 14,5 %, contre 15,3 % dans le scénario central.
Le système français n’est pas au bord d’un effondrement soudain. Il est installé dans un déséquilibre permanent, dont l’ampleur dépendra moins des aléas démographiques que de la capacité du pays à produire davantage de richesse par heure travaillée.
En 2026, la question n’est plus de savoir si le système est en déficit. Elle est de savoir combien de temps la France peut financer ce déficit par la dette avant que le débat ne devienne un choix.
Ces conclusions du COR sont similaires à celles du livre 2027: Last Call en cours de publication par wow-media.fr (bientôt disponible sur Amazon format Kindle) et déjà diffusé par épisodes sur ce compte Substack.
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Paul Corey