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Trump n’a pas acheté le Groenland. Il a fait mieux.

Le Danemark conserve la souveraineté, Washington prend le contrôle stratégique. Et l’Europe regarde l’Arctique lui échapper.

Trump n’a pas acheté le Groenland. Il a fait mieux.

En 2019, sa proposition d’acheter l’île avait fait sourire Copenhague. Sept ans plus tard, plus personne ne rit.

Rappelons l’enjeu. Le Groenland, c’est une île soixante-dix fois plus grande que la Belgique, peuplée d’à peine 57 000 habitants, en grande majorité inuits. Autonome depuis 1979, il gère presque tout depuis 2009, sauf la défense, la diplomatie et la monnaie. Mais il reste dépendant : la subvention danoise, environ 4,3 milliards de couronnes par an, représente près de la moitié de ses recettes publiques.

L’année 2026 a tout accéléré. En janvier, Washington affirme avoir « besoin » du Groenland et menace huit pays européens, dont la France, de droits de douane s’ils ne plient pas. Nuuk descend dans la rue. Puis, à Davos, Trump recule et évoque un « cadre d’accord » négocié avec l’OTAN.

Ce cadre a pris forme en septembre. L’accord signé à New York autorise les États-Unis à ouvrir deux nouvelles bases, à Narsarsuaq et Mestersvig, et à agrandir Pituffik, l’ancienne base de Thulé. Il leur donne un droit de regard sur les investissements sensibles et ferme la porte à toute base chinoise ou russe. Il n’a pas de date d’expiration. Le Danemark garde la souveraineté juridique ; Washington obtient le contrôle stratégique. Les deux parlements doivent encore le ratifier.

Dans la foulée, le sous-sol s’ouvre. Fin septembre, Nuuk a approuvé le plan d’exploitation de Tanbreez, l’un des plus grands gisements de terres rares lourdes au monde, porté par une société cotée au Nasdaq. Son voisin Kvanefjeld reste bloqué, trop riche en uranium depuis la loi de 2021. Et le 13 octobre, Trump annonçait une « exploration massive » de pétrole, de gaz et de minerais dans « notre nouveau Groenland ».

Gardons pourtant la tête froide. Le pétrole reste hypothétique : les 13 % de pétrole et 30 % de gaz non découverts estimés par l’USGS concernent tout l’Arctique, pas la seule île. Aucune mine de terres rares n’y produit encore. Et 90 % des exportations viennent toujours de la pêche.

On imaginait trois avenirs : un « Singapour arctique », un sanctuaire écologique ou un territoire figé sous tutelle. C’est un quatrième qui s’impose : un protectorat stratégique américain, sous pavillon danois.

Et l’Europe ? Elle a envoyé des soldats, protesté, voté des résolutions. Mais elle n’a toujours ni siège au Conseil de l’Arctique, ni stratégie capable de peser. Elle a défendu un principe ; les Américains ont signé un contrat.

Le Groenland ne sera plus jamais ce qu’il était. La vraie question est de savoir si les Groenlandais resteront maîtres de leur avenir, ou spectateurs d’une partie que d’autres jouent chez eux.

L’Europe a-t-elle déjà perdu l’Arctique ? J’aimerais avoir votre avis.

#Groenland #Arctique #Géopolitique #Europe

Paul Corey