La France a oublié l’essentiel (4/4)
Elle continue à partager ce qu'elle ne crée plus.

Dernier point d’étape sur les moteurs de la prospérité.
La France ne manque pas de moyens pour créer des richesses. Elle souffre surtout de la manière dont elle les mobilise et dont elle organise l’action publique.
Sur la base des économistes et politologues les plus reconnus du sujet, trois enseignements émergent de cette série:
La prospérité naît de l’innovation continue dans la production et les échanges.
L’État doit favoriser cette dynamique sans l’étouffer.
Et plusieurs modèles nationaux peuvent réussir, à condition de garder des institutions efficaces et adaptables.
Ainsi, cinq priorités se dessinent pour remettre la France sur le chemin de la prospérité.
L’ inversion des priorités. La solidarité et la réduction des inégalités occupent une place centrale dans notre modèle. Mais la création de richesses, qui seule permet de les financer durablement, reçoit-elle l’attention qu’elle mérite ? Nos arbitrages publics encouragent-ils vraiment le travail, l’investissement et la productivité ?
Le périmètre de l’État. En 2025, la dépense publique atteint 57,2 % du PIB, contre 49,5 % en moyenne dans l’Union européenne, soit près de huit points d’écart. Pour autant, la taille ne prouve pas l’inefficacité : ce sont les résultats obtenus qui doivent trancher.
L’effet cliquet. Les politiques publiques sont évaluées, mais rarement abandonnées ou profondément transformées, et les nouveaux dispositifs s’empilent sur les anciens. Cette accumulation réduit-elle peu à peu notre capacité à agir ?
Le déficit de liberté économique. Complexité réglementaire, obstacles à la concurrence, incitations faibles, diffusion lente de l’innovation : ces freins pourraient expliquer une partie de notre retard de richesse par habitant. L’OFCE observe d’ailleurs que l’écart de croissance avec les États-Unis depuis 2000 tient surtout à de faibles gains de productivité. Reste à mesurer la contribution de chaque frein, plutôt que de les rendre responsables de tout.
Les carences institutionnelles. Notre organisation publique a été conçue pour administrer, protéger et redistribuer. Elle semble beaucoup moins équipée pour expérimenter, évaluer, corriger et renoncer.
La conclusion n’est pas de devoir choisir entre prospérité et solidarité, ni entre État et marché. Ce faux débat idéologique est obsolète et hors sujet.
ll est de replacer la création durable de richesses au cœur des priorités, puis de juger chaque intervention publique à l’aune de sa contribution économique, sociale et institutionnelle.
Produire davantage pour mieux protéger. Évaluer pour pouvoir choisir. Supprimer pour pouvoir renouveler.
Quel État nous permettra de retrouver la capacité à créer, à innover et à s’adapter ?
Paul Corey