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L’État comme fonds de commerce

Le pantouflage élevé au rang de modèle économique.

L’État comme fonds de commerce

Huit ans au service de l’État, vingt-quatre ans à le monnayer. Itinéraire d’un banquier de gauche dont tout le capital est né à Bercy.

La République paie sa formation intégralement. Sciences Po en 1990, ENA en 1994. À la sortie, il intègre le Trésor comme administrateur civil, chargé de la gestion de la dette et de la trésorerie de l’État. Salaire de fonctionnaire, savoir inestimable : comment un État emprunte, rembourse, négocie avec ses créanciers.

Les cabinets complètent l’apprentissage. Conseiller de Strauss-Kahn en 1998, directeur adjoint du cabinet de Fabius jusqu’en 2002. Il y apprend l’autre moitié du métier : qui décide, comment, quels téléphones sonnent. Huit ans de service public au total. À 34 ans, il part.

En 2002, Lazard l’élit associé-gérant. En 2003, il prend la tête du conseil aux gouvernements. Le fonctionnaire qui gérait la dette française facture désormais celle des autres : Irak, Argentine, Équateur, Grèce. Compétence acquise sur fonds publics, tarifs du privé.

Le pantouflage n’est pas une bifurcation : c’est le plan d’affaires.

Le positionnement politique habille l’ensemble. « Banquier de gauche » revendiqué, auteur de Révolutions en 2012, copropriétaire du journal Le Monde en 2010 avec Niel et Bergé, patron des Inrocks et de Radio Nova.

En octobre 2018, il cède 49 % de sa participation dans Le Monde à Daniel Křetínský, milliardaire tchèque du charbon, sans informer le pôle d’indépendance des journalistes.

Le capital du journal de référence de la gauche, est vendu pour éponger des difficultés personnelles.

Les clients racontent le reste. Chávez puis Maduro, conseillés depuis les années 2010. Le Congo-Brazzaville de Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 1979, où son oncle Jean-Paul conseille le régime.

En mai 2026, le Venezuela confie à son équipe la restructuration de 170 milliards de dollars de dette, sans procédure de mise en concurrence formelle — huit sources s’interrogent sur la transparence de l’attribution. Des dizaines de millions d’honoraires en jeu.

La rhétorique achève le tableau. Il dit vouloir aider Caracas à « retrouver sa souveraineté économique ». Les honoraires sont facturés au débiteur, pas aux créanciers.

Plus un pays est ruiné, plus le mandat vaut cher.

La détresse souveraine est un marché, et il en détient la franchise française depuis vingt ans.

L’ENA a été supprimée en 2021, accusée de fabriquer une caste. Il en est le cas d’école : formation d’élite gratuite, expertise régalienne, carnet d’adresses public, monétisation privée. Aucune loi violée, aucune interdiction contournée.

Il figure désormais parmi les pré-candidats évoqués pour la présidentielle de 2027, multipliant les rendez-vous à gauche.

Ainsi, il a inventé le socialisme sans perte : l’État forme, le privé encaisse, les autocrates paient et la gauche fournit le costume.

La parfaite légalité de l’ensemble constitue le seul véritable scandale.

Paul Corey