Qui décide vraiment de la peine ? Le juge ou la prison ?
Construire les places de prison sans lesquelles aucune politique de fermeté ne peut être appliquée

Au 1er mai 2026, 7 693 détenus dormaient sur un matelas posé au sol. Les maisons d’arrêt affichaient une densité de 172,6 %. Dans ces conditions, la peine se décide deux fois : au tribunal, puis à la porte de la prison. Et c’est souvent la seconde qui l’emporte. Chaque candidat a la présidentielle 2027 promettra la fermeté. Un seul acte la rend possible.
La scène se répète chaque jour. Les faits remontent à des mois, parfois à des années. Le tribunal prononce enfin une peine de prison ferme. La victime entend le mot « ferme » et croit la question réglée. Le condamné ressort libre de l’audience. Des mois plus tard, sa peine prendra une forme que personne n’a vraiment choisie, dictée par le nombre de places disponibles. Entre les faits et le jugement, puis entre le jugement et son exécution, l’autorité s’est évaporée deux fois.
Les Français placent la criminalité et la violence au premier rang de leurs préoccupations. Ils ont raison de regarder toute la chaîne. Une interpellation vaut ce que vaut la peine qui la suit. Quand la sanction devient lente et incertaine, le policier travaille pour rien, la victime cesse de porter plainte, et le délinquant apprend vite que le risque se négocie.
Commençons par le mécanisme. Le juge prononce, la place dispose. Imaginez une ordonnance que le pharmacien remplacerait par ce qu’il a en stock : le médecin a prescrit, le rayon a décidé. Avec 63 322 places opérationnelles et une densité moyenne de 140 %, la prison fonctionne comme un hôtel complet qui continue d’accepter les réservations et répartit ensuite les clients comme il peut. Voilà la justice au mètre carré.
Il faut ici être précis. Une peine aménagée reste une peine exécutée : surveillance électronique, semi-liberté, détention à domicile sont des modalités que la loi prévoit. En 2025, environ 41 % des peines fermes ont été aménagées ou converties avant incarcération, et depuis 2020 les peines d’un à six mois doivent en principe l’être. La question devient grave quand le moment et la forme de la peine dépendent du manque de place plutôt que du jugement.
Le Mandat fixe trois résultats. Un délai de jugement ramené à [délai à fixer]. Toute peine ferme mise à exécution dans les six mois suivant la condamnation définitive, selon les modalités fixées par le juge et la loi. Plus aucun établissement au-delà de sa capacité en 2032, plus aucun détenu dormant au sol.
Pour y parvenir, quatre leviers existent. Juger plus vite. Sanctionner avec certitude. Éloigner les étrangers condamnés. Construire. Examinons-les un à un.
Juger plus vite suppose des magistrats et des greffes renforcés. Le plan d’intelligence artificielle, inscrit au chapitre du pouvoir d’achat, y redéploie une partie des postes libérés par la machine. Sanctionner avec certitude passe par des peines minimales pour la récidive et pour les violences commises contre ceux qui représentent l’État, policiers, gendarmes, pompiers, soignants, élus, le juge pouvant y déroger par une décision spécialement motivée. Ceux qui protègent seront protégés : protection fonctionnelle automatique et immédiate de l’agent mis en cause dans l’exercice de ses fonctions, cadre de l’usage de la force clarifié. L’éloignement des étrangers condamnés, que 85 % des Français réclament, relève du droit européen et conventionnel, et le chapitre de l’immigration le traitera.
Or chacun de ces leviers bute sur le même mur. Juger plus vite produit plus de peines à exécuter. Des peines minimales envoient davantage de condamnés en détention. Exécuter dans les six mois exige une place le jour venu. L’histoire l’a déjà prouvé : les peines planchers, en vigueur de 2007 à 2014, se sont heurtées à des prisons pleines. Sans places, toute fermeté nouvelle aggrave la surpopulation, et rend au manque de place la décision qu’elle prétendait rendre au juge. La capacité est le goulet d’étranglement de toute la chaîne pénale. C’est le seul levier sans lequel tous les autres échouent.
Reste la difficulté du calendrier. Une prison se décide en un mandat et se livre au suivant, et le plan de 15 000 places annoncé en 2018 reste loin d’être achevé. Un gouvernement jugé en 2032 ne peut promettre des places livrées. Il peut promettre des places engagées de manière irréversible : terrains acquis, marchés signés, financement voté. La règle d’or du chapitre des comptes publics le permet, puisqu’une prison profite bien au-delà de l’année et peut légitimement s’emprunter.
Le verrou, lui, nous regarde. Foncier, recours, oppositions locales : chacun réclame des places pourvu qu’elles soient ailleurs. Pour la première fois dans la série, une partie de l’obstacle se trouve chez les Français eux-mêmes. L’État devra pouvoir imposer un site d’intérêt national, par une procédure qui purge les recours en quelques mois plutôt qu’en quelques années.
Le droit reste national. Le programme immobilier, les procédures d’urbanisme, l’exécution des peines et les peines minimales relèvent de la loi française. Seul l’usage de la force par les agents s’inscrit dans la Convention européenne des droits de l’homme, qui exige une stricte nécessité.
Chaque candidat choisira ses sites, ses modèles d’établissement et sa politique pénale. Le Mandat exige seulement que les places soient engagées à temps.
L’acte minimal du Mandat, pour ce chapitre : [25 000] places de prison irréversiblement engagées avant la fin de 2028, terrains acquis, marchés signés, financement voté. Tout programme qui ne le comporte pas ne répond pas à ce que les Français demandent.
En 2032, la question n’est plus de savoir combien de peines la justice prononce. Elle est de savoir combien elle en exécute, et en combien de temps.
UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.
Libre. Indépendant. Différent. Utile.
Paul Corey